Note de lecture : The Professional Scrum Team, par Peter Götz

Note : 5 ; Une vue terrain honnête, mais qui manque d’originalité.

Les ouvrages de de la « professional Scrum Series » sont souvent de bonnes surprises. Ils ne s’arrêtent pas au « dogme » de Scrum, mais nous gratifie de perspectives et de pratiques qui vont au-delà. C’est donc avec ce crédit que j’ai abordé cet ouvrage dont la lecture ne m’tait pas vraiment indispensable. Ce serait bien exagéré de parler de déception, mais comme nous allons le voir, le texte n’apprends pas grand-chose à l’agiliste raisonnablement aguerri.

Le livre n’est pas très impressionnant de prime abord : il ne compte que 180 pages, réparties sur 9 chapitres. Mais la lecture n’est pas aussi véloce que l’on pourrait s’y attendre, car l’ouvrage est pratiquement dépourvu d’illustrations et la densité du texte est donc importante.

Le premier chapitre traite sur 25 pages de ce qu’est une équipe efficace. Bien sûr, on y rappelle beaucoup des poncifs ordinaires sur les relations avec le Product Owner, sur la gestion du backlog. Mais le propos sait se faire plus intéressant sur la notion de périmètre non-fixe du Sprint, de la « fenêtre d’apprentissage » ou du backlog orienté hypothèses. Chaque sujet du chapitre est précédé d’une conversation fictive au sein d’une équipe qui sert de fil rouge tout au long du livre. Ces dialogues ne sont pas trop longs et sont une introduction bien faite à chaque sujet. C’est une bonne approche que l’on retrouve tout au long du livre.

Le second chapitre évoque les problèmes fréquemment rencontrés, là aussi sur environ 25 pages. Le propos est scindé en 3 volets. Tout d’abord les problèmes « basiques », comme le manque de vision ou de valeurs communes au sein de l’équipe. L’absence de polyvalence au sein de l’équipe est un classique qui n’est hélas pas tellement développé, pas plus que l’auto-organisation. Le second volet pique un peu plus : les incompréhensions concernant Scrum. En premier lieu et sans doute le plus dramatique : la notion d’engagement ! Malheureusement le sujet est abordé de manière moins convaincante et tranchée qu’il l’aurait pu. Enfin le 3ème volet aborde les erreurs évitables. Si je ne m’inscris pas dans toutes les idées, ce volet est une bonne idée. Un chapitre dont l’existence même est intéressante, qui rappelle un peu le « Scrum Shortcuts », mais qui aurait pu être un peu meilleur.

Le chapitre 3 aborde les limites de Scrum, ou quand « Scrum ne suffit pas ». Je suis partagé sur les thèmes évoqués ici. L’architecture émergente est clairement un aspect qui mérite d’être mis en lumière, mais il est abordé de manière légère. Si je suis en accord avec l’auteur concernant le « no doc », la solution me laisse perplexe et n’adresse pas le vrai problème, à savoir se concentrer sur la documentation utile qui sait prouver sa valeur. La connexion ou l’opposition avec Kanban n’est pas non plus abordée sous l’angle de leurs paradigmes sous-jacents (flux versus capacitaire). Là aussi le propos est décevant. Le chapitre traite aussi d’autres sujets, souvent avec plus de bonheur, mais finalement je suis un peu déçu.

Le chapitre 4 « Releasable is less than released » est l’occasion d’accoster le sujet Devops. Le chapitre vise juste, tout d’abord en centrant le devops sur les « 3 voies du devops » plutôt que sur des questions d’outillage. Ensuite il pointe justement que Scrum ne prescrit pas une limite de déploiement qui ne puisse être inférieure à celle du sprint. C’est un propos réussi et qui est assez original par rapport à ce que l’on peut lire ailleurs.

Au chapitre 5 il est question de conflits, un sujet sur lequel le Scrum Master sera placé au centre. L’auteur développe beaucoup cette notion en nous proposant une échelle pour qualifier les conflits et pour mettre en lumière les impacts sur la dynamique de l’équipe. On n’y évoque guère les pratiques utiles à la résolution bien que la communication non-violente soit mentionnée du bout des lèvres. L’auteur aura sans doute estimé que c’est plutôt le sujet d’un autre ouvrage. C’est un point de vue qui se défend largement.

L’auteur s’attaque à un sujet complexe au chapitre 6 : mesurer le succès ! Évidemment, l’auteur aborde le sujet de la valeur qui est particulièrement casse-gueule. On ne lui en voudra pas trop de ne pas l’adresser de manière magistrale. Les sujets corolaires sur l’amélioration et la différence entre vélocité et impact rattrapent un peu certains des sujets abordés au chapitre 2. En prime, il y développe plutôt bien le thème de l’expérimentation. Finalement, c’est plutôt un bon chapitre

Bien que Scrum prétende qu’il ‘n’y a pas besoin de management, c’est là le thème du chapitre 7. Le chapitre s’articule sur deux thèmes. Le premier évoque la transparence comme antidote au contrôle. Le propos sonne juste mais est peu développé. Le second a trait à la posture de leadership et à sa relation à l’auto-organisation. La réflexion s’appuie sur le modèle à mon avis éculé du « servant leader », qui est la parole officielle de Scrum. Cela sonne un peu creux. Mais ce second thème est un peu la boite de Pandore du management.

Proposer un chapitre 8 sur l’organisation semble assez ambitieux dans le cadre d’un tel ouvrage. Mais c’est en fait l’occasion pour l’auteur d’affirmer leurs convictions. Le propos s’ouvre sur l’importance de la transparence, déjà évoqué. Mais très vite on aborde les problèmes inhérents aux organisations fonctionnelles. Mais surtout le texte défend une « simplicité radicale » des organisations avec des idées assez pertinentes. Même si ce chapitre est juste une introduction aux idées de l’auteur, il s’agit d’une bonne surprise. Si je devais parier sur un second ouvrage de Peter Gotz, je parierais sur ce thème.

Enfin l’ouvrage se referme sur un dernier chapitre portant sur l’amélioration continue. J’apprécie particulièrement la référence au Shu Ha Ri. L’auteur défend que les équipes n’ont pas besoin d’expertise externe et qu’elles peuvent s’améliorer simplement avec les idées émanent d’elle-même. En constatant le niveau d’ignorance et malheureusement la faible curiosité de nombreuses équipes que je croise, l’idée me laisse hélas perplexe.

Il y a du bon et du moyen dans cet ouvrage. Difficile de savoir à qui il s’adresse : les lecteurs assez curieux et motivés pour l’aborder n’y apprendront probablement pas grand-chose. Les autres ne feront probablement pas l’effort de l’ouvrir. Je ne regrette pas cette lecture, mais n’irait pas jusqu’à la recommander.

Référence complète : The Professional Scrum Team – Peter Götz – Pearson 2021 – ISBN : 978 0 13 486215 6

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