Note de lecture : Agile Game Development with Scrum, par Clinton Keith

Note : 5 ; Un texte honnête, finalement peu spécifique au domaine du jeu, mais qui accuse un peu son âge.

Pour une « simple » déclinaison de Scrum à l’univers du jeux, l’addition est un peu sévère avec ses 325 pages. Quand on regarde la date de publication, on voit qu’il date d’une époque où le sujet n’avait pas encore envahis chaque recoin de notre bibliothèque. Fort logiquement il reprend un certain nombre de basiques. Je pensais rentrer dans un univers très différent, mais c’est finalement peu le cas comme nous le verrons.

Le livre comprend 5 parties, pour un total de 16 chapitres. Belle bête, donc. La 1ère partie maigre d’une trentaine de pages sur deux chapitres est un avant-propos, au domaine du jeu et au développement agile. Le domaine du jeu est traité dans le chapitre introductif. L’auteur y aborde efficacement la course à l’armement des studios de développements conduisant à une crise du logiciel spécifique de ce secteur. La vingtaine de pages du second chapitre serait classique si l’auteur n’y avait introduit quelques concepts spécifiques du domaine du jeu : phases de pré-production / post-production et recherche du « fun », par exemple.

La seconde partie, avec ses 90 pages et ses 4 chapitres est plutôt indépendante du domaine concerné. Le chapitre 3 s’intitule sobrement « Scrum ». On y trouve sur ses 22 pages ce qu’on peut s’attendre à y trouver. Seuls les exemples sont empruntés au monde du jeu. La prose est bien écrite, avec quand même certains partis pris. Le déroulement du Sprint est au menu du chapitre 4. Là non plus nous ne trouverons une prose se démarquant réellement des grands classiques. Nous arrivons ainsi au chapitre 5 évoquant les user stories. Pas non plus beaucoup d’originalité ici également. On évoque longuement le « INVEST » comme à l’accoutumée. Plus original, le découpage hiérarchique des stories me laisse toutefois un peu perplexe. Enfin, l’agile planning n’est probablement pas mon sujet préféré, mais je dois avouer que le chapitre 6 qui lui est consacré est de bonne teneur. Il me rappelle quelque peu « agile estimating and planning » de Mike Cohn. C’est dire…

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Note de lecture : The Professional Product Owner, par Don McGreal & Ralph Jocham

Note : 6 ; Une solide lecture pour le Product Owner, qui ne reste pas figée dans le dogme Scrum mais s’égare parfois un peu.

La Scrum.org s’est impliqué dans l’écriture de son corpus de connaissances et de pratiques. Le présent volume consacre celui dévolu au Product Owners. Comme nous allons le voir, c’est globalement une bonne surprise, même s’il nous embarque dans quelques hors sujets.

Les 320 pages du présent ouvrage sont découpées en seulement 9 chapitres structurés en 3 parties. Nous voilà donc embarqués dans des chapitres plutôt conséquents. La première partie « strategy » couvre 4 chapitres, soit un peu plus de 100 pages. Le premier chapitre est lui consacré à la gestion de produit agile. On y retrouve quelques poncifs habituels tels que le triangle de fer. Plus intéressant sont les propos sur les boucles de valeur et surtout les « roles type » qui offre une vue originale des profils de maturité du product ownership.

La vingtaine de pages du second chapitre va aborder la Vision. Le propos tourne autour de quelques pratiques désormais bien connues : le business model canvas, la product box et l’elevator statement. Le propos est bien ficelé, mais les habitués n’y découvriront pas grand-chose. Arrive le chapitre 3 et un sujet tout à fait épineux : la valeur ! Les auteurs lui accordent un peu moins de 40 pages. Les auteurs ont quelque peu du mal à trouver un angle, aussi commence-t-on avec « l’évidence-based management », ce qui a au moins le mérité d’introduire le sujet pour évoquer ensuite la satisfaction des employés et des utilisateurs (avec l’inévitable NPS). Après cela, ça part un peu n’importe comment en parlant budget, taux d’innovation, etc. Un chapitre qui n’est pas mémorable, sur un thème particulièrement difficile.

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Note de lecture : Mastering Professional Scrum, par Stephanie Ockerman & Simon Reindl

Note : 6 ; Fidèle à l’évangile Scrum, mais de la bonne quand même !

J’avoue que je n’étais pas très confiant à l’ouverture de ce livre. Il s’agit du texte ostensiblement officiel de la Scrum.org sur le rôle du Scrum Master. Les examens de certification, même si je diverge assez peu avec les opinions sous-jacentes montrent quand même un certain dogmatisme sur les positions. Oui, je m’attendais à retrouver ce dogmatisme ici. C’est parfois un peu le cas, mais nous allons voir qu’il y a aussi (et surtout) pas mal de bonnes nouvelles.

Avec ses 160 pages (175 en comptant les annexes), il ne s’agit pas d’une lecture effrayante. Les 8 chapitres structurent le contenu en séquences tout à fait digestes. Le premier d’entre-eux « continuously improving your Scrum practice » fait un petit peu fourre-tout. On y trouve les valeurs de Scrum, les compétences des équipiers Scrum et des éléments de pratiques d’amélioration. C’est plutôt bien écrit mais c’est une entrée en matière un peu incongrue.

Le chapitre 2 « creating a strong team foundation » va nous mettre davantage dans le rythme. Tout d’abord, il est mieux ciblé sur un sujet qu’il traite en 3 volets. On commence par les savoir-être, le profil et les compétences attendues d’un membre, pour ensuite aborder le cadre de l’équipe (confiance, finalité, etc.) pour terminer sur la dynamique d’équipe avec ses phases de formation selon différents modèles (Tuckman, Satir…). C’est un chapitre très riche avec de très nombreuses références et renvois. Ce dernier point est une très bonne surprise que l’on retrouvera dans les chapitres suivants.

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The Great ScrumMaster, par Zuzana Sochova

Note : 5 ; Les savoir-être du « Scrum Master Way ».

Le format de ce petit livre consacré au scrum mastering me rappelle celui de Roman Pitcher dédié au Product Owner. Je n’avais pas aimé ce dernier. Celui-ci n’est pas grandiose mais il aborde tout de même mieux le sujet. Il n’est pas question de parler de Scrum ici, le sujet est considéré comme acquis et c’est très bien.

Je l’ai dit, il s’agit d’un petit livre. Plus précisément d’un moyen format qui accuse tout juste 130 pages pour un total de 8 chapitres. Le tout abondement illustré de sketchnotting que nous devons à l’auteur. Le premier chapitre compte une quinzaine de pages et se focalise sur les basiques : rôles et responsabilités. Un focus important est donné sur sa responsabilité concernant l’auto-organisation de l’équipe. Ce chapitre expose aussi avec clairvoyance les conséquences de combiner ce rôle avec un autre rôle au sein de l’équipe. Clairement Zuzana est une adepte du Scrum Master « full time » quitte à ce qu’il s’occupe de plusieurs équipes.

Le second chapitre s’articule autour du modèle d’état d’esprit du Scrum Master qui compte 5 volets. Professeur et mentor mettent l’accent sur la posture haute pour aider l’équipe à progresser en lui apprenant des pratiques agiles. L’importance de cette posture diminue avec le temps. Supprimer les blocages est un rôle actif au sein de l’équipe pour lui permettre de progresser sans perturbations. Coach et facilitateurs sont deux postures distinctes mais qui caractérisent la posture basse du Scrum Master, tandis que l’observation est le 5ème pilier qui permet à celui-ci de déterminer la posture qu’il doit adopter.

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Note de lecture : Exploring Scrum, The fundamentals, par Dan Rawsthorne with Doug Shimp

Note : 3 ; De la « soupe au Shu » … Et encore, celle de l’auteur !

J’en suis encore à me demander ce qui m’a pris lorsque j’ai acquis ce bouquin ! Car autant le dire tout de suite : il est très dogmatique. Pire encore, il y bien peu de choses avec lesquelles je sois d’accord. Pour couroner le tout, il ne s’agit pas d’une lecture légère. Voyons cela.

L’ouvrage est fort de 4 sections de longueurs très inégales totalisant 27 chapitres. La première d’entre-elles est introductive et se satisfait de 2 chapitres. Le premier est d’avantage un avant-propos que l’introduction du livre lui-même car il se focalise sur le « pourquoi » du texte. Celui-ci débute réellement au second chapitre qui propose un « tour du propriétaire ». Celui-ci est assez conforme au Scrum guide même si l’on voit poindre en filigrane les interprétations des auteurs. J’aurais l’occasion d’y revenir.

La seconde partie « people » compte 6 chapitres. On débute assez logiquement au chapitre 3 par l’équipe. Les auteurs commettent leur premier coup de canif en évoquant 6 rôles (Business Owner, Stakehold et Subject Matter Expert). C’est un chapitre assez long qui remet au clair nombre de principe mais verrouille aussi tout autant des principes d’articulation entre rôles qui n’ont pas besoin de l’être autant. Le chapitre 4 qui vient se focaliser sur le PO donne le ton dès la première page « le PO priorise le travail de l’équipe et en échange reçoit le blâme pour le résultat ». Autant pour la collaboration ! J’ai trouvé le point de vue quelque peu tordu, voir schizophrène entre un discours sur la collaboration et des directives de fonctionnement induisant des comportements à l’inverse.

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Note de lecture : Scrum, pour une pratique vivante de l’agilité 5ème édition, par Claude Aubry

Note : 6 ; De nouvelles idées et de nombreux remaniement pour un texte qui continue (hélas) de privilégier les saisons aux itérations courtes et les fonctionnalités regroupant les user stories.

Les éditions du livre de Claude Aubry se suivent et incarnent pour moi le changement dans la continuité. Nous en sommes déjà à la 5ème édition. Je les ai toutes lues, chacune d’entre-elle du début à fin et non pas en diagonale. Car l’auteur se fait un point d’honneur à faire véritablement évoluer son texte à chaque édition et ne se contente pas d’un simple changement cosmétique.

Le livre reste sur une structure de 22 chapitres, mais fait un bond de 294 à 343 pages ! Le premier chapitre compte une quinzaine de pages (contre 14 précédemment). Il fait toujours un bon boulot (en léger progrès même) pour situer Scrum et le mouvement agile. Quelques changements non anodins aujourd’hui, dont l’évocation de la systémique. Le second chapitre traite des sprints et prends 5 pages d’embonpoint. Et l’auteur d’évoquer des « saisons » en lieu et place des releases, en ajoutant des notions de prélude et d’interlude. Tout ceci prend des odeurs de SAFE, et ce ne sont pas de bonnes odeurs pour moi.

Place au chapitre 3 qui a changé de titre et parle de « sublimer l’équipe ». Pas mal de bonnes choses dans ce chapitre qui a pris aussi quelques pages au passage, avec l’ évocation de « The People’s Scrum » et l’heureuse disparition à la référence « Exploring Scrum », mais je trouve la métaphore de la permaculture compliquée et peu convaincante. Des remaniements également au chapitre 4 sur ce chapitre consacré au Product Owner, qui n’était pas mauvais et le reste. Par contre, l’évocation de la permaculture, ce n’est toujours pas ça.

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Scrum Guide 2016

En mettant un peu d’ordre dans mes anciens posts, je me suis aperçu que j’avais bien mis en ligne et commenté la version 2013 du Scrum Guide, mais que je n’avais pas dit un mot de la version 2016. Il faut dire que cela fait un bon moment que je n’ai plus publié autre chose que des notes de lecture…

Les valeurs de Scrum

La version 2016 compte 1 page supplémentaire. On arrive assez vite à la section qui a été rajoutée: les valeurs de Scrum ! Les 5 valeurs d’ailleurs évoquées depuis longtemps prennent enfin place dans le guide officiel, signe que Scrum se focalise de plus en place sur son essence et moins sur le folklore.

Et quoi d’autre ?

En fait, la surprise est que pour le reste, le texte reste mot pour mot celui de l’édition 2013 ! Il faut un peu chercher pour comprendre la réelle nouveauté de cette édition : le copyright figurant au bas de chaque page ! Certes, c’est un « creative commons », mais quand même…
Je pense que les auteurs auraient pu faire un peu plus d’effort que cela…

Note de lecture : Scrum 4ème édition, par Claude Aubry

Note : 6 ; Le texte progresse, mais pas assez et surtout pas assez dans la bonne direction pour moi !

Mon principe de base est simple : pour une nouvelle édition, si le texte ne progresse pas, la note baisse ! Pourtant du changement, il y en a et oui, j’ai fait baisser la note. Que s’est-il passé ?

Le volume de l’ouvrage n’a guère changé : 294 pages contre 291 pour l’édition précédente. Mais le découpage est passé de 20 à 22 chapitres, ce qui augure de l’ampleur des changements.

Le premier chapitre est passé de 10 à 14 pages avec un contenu complètement revu en bien, il fait d’ailleurs référence à ma présentation « Scrum Shu Ha Ri » et est moins méthodologique que dans l’édition précédente. Même taille pour le chapitre 2, mais lui aussi profondément remanié. Le concept de Sprint est mieux abordé mais il n’y a guère de différence sur le fond. Notamment, il y a ce concept de release dont je pense qu’il serait temps de le laisser tomber. Nous y reviendrons.

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Note de lecture : Scrum Mastery, par Geoff Watts

Note : 7 ; Les postures Scrum Master, illustrées par du story telling.

Cela faisait déjà un moment que j’entendais parler de ce livre, il était temps de lui faire un sort. Comme son titre l’indique bien, ce volume traite du boulot et de la posture du Scrum Master, le texte n’explique pas Scrum (il y a bien 3 pages là-dessus en annexe, mais bon…). Le texte part du principe que la connaissance de Scrum est acquise. La démarche (car il y a une démarche de Scrum Mastery) sur laquelle s’appuie l’auteur emprunte l’acronyme RE-TRAINED. C’est sur cet acronyme que s’articule le livre. Il compte 270 pages, mais compte tenu du format et de la mise en page très aérée (sans compter la qualité de la prose, cela se lit très bien.

R, comme « Respected ». Cette partie compte 3 « patterns », ainsi que je les appelleraient. Je retiens principalement de cette partie la notion de confiance, et plus particulièrement de faire confiance à l’équipe. Je retiens aussi l’acronyme AID (qui nous vient du « Tao of Coaching ») : Action, Impact et Desired Outcomes.
Le E est pour « Enabling ». 3 patterns également ici. De cette partie, mon take-away sera le modèle de maturité proposé par l’auteur. Il aborde aussi le sérieux problème du proxy : l’auteur n’aime pas le concept.

Le T signifie « Tactful ». La « fable des 2 Scrums » en début de partie va servir de point d’ancrage à d’autres parties. L’auteur nous conduit également à utiliser les silences à bon escient, un art plus difficile qu’il n’y paraît et de poser les bonnes questions pour que l’équipe prenne elle-même conscience de ses travers.

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