Note de lecture : The Data Loom, par Stephen Few

Note : 6 ; Aller au fond du « data sense making ».

Stephen Few n’aime pas le terme « Data Scientist ». Il lui préfère le terme « Data sensemaker ». Et pour donner du sens aux données, il faut certes un socle de connaissances, mais aussi et surtout une culture, une démarche et des « soft skills » qui s’avèrent indispensables. C’est de cela qu’il est question dans cet ouvrage, qui est en quelque sorte le « pragmatic programmer » du Data Sensemaker.

L’ouvrage est court : il ne compte que 120 pages découpés en 7 chapitres. Le premier compte une dizaine de pages et sert d’introduction pour aboutir à la notion de sensemaker. Elle n’est pas franchement passionnante, cette introduction. Heureusement, le reste du texte est mieux !

Les deux fondamentaux que nous assène l’auteur sont la pensée critique et la démarche scientifique, sur lesquels le reste du livre est construit. Le second chapitre est dédié à la pensée critique. C’est un chapitre qui fait force référence à Kahneman, mais surtout aux biais cognitifs et autres erreurs et illusions. Chacune d’entre elle est expliquée et souvent illustrée dans le cadre du sensemaking. Un chapitre très solide. Bien sûr, c’est à la démarche scientifique qu’est consacré le chapitre 3. C’est une démarche empirique, basée sur l’infirmation d’hypothèses, la transparence et la relecture de pairs. Une approche qui se décline très bien sur le travail sur la donnée comme le démontre l’auteur.

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Note de lecture : Formula X, par Jurriaan Kamer & Rini Van Solingen

Note 8 ; Ce que la formule 1 apprend aux organisations. Passionnant !

Cela fait déjà un petit moment que je réfléchis à la manière dont fonctionne une écurie de formule 1 et à son extrême capacité d’évolution et d’adaptation. C’est bien une partie du thème abordé dans ce livre, et mieux que je n’aurais su le faire.
Le texte est assez court. Il n’occupe que 190 pages d’un livre au moyen format. Le texte est découpé en deux parties inégales. La première est une fable autour de l’entreprise « Kitchen Quick », qui va occuper un peu plus des 150 premières pages. Quand elles sont bien racontées, ces fables sont d’excellents moments de lecture en plus d’être très instructives. C’est bien le cas ici. Plus que « The Goal » ou « The Phoenix Project », le texte me rappelle « The five dysfunctions of a team » de Lencioni.

La trame est assez simple : Kitchen Quick doit réduire ses livraisons de cuisines de 12 semaines à 2 semaines, question de vie ou de mort. Les personnages sont assez bien campés, mention spéciale à Hank Rapid le propriétaire de la marque, très haut en couleurs. Toutefois le caractère des protagonistes n’est pas toujours exploité comme il faut, tout comme certaines anecdotes qui ne sont pas menées à terme. Mais cela ne nuit pas au récit. Celui-ci est structuré en 6 parties, comme un week-end de formule 1 !

La première partie « free practice » campe essentiellement le décor et l’objectif : livrer les cuisines en 2 semaines au lieu de 12. Avec la seconde partie « Qualifying » arrive le FCCG (Full Control Consultants Group) et la mise en place du Total Efficiency Management dont le nom traduit bien l’orientation. L’auteur traduit bien comment cette transition se traduit dans les équipes et dans leurs interactions entre elles.

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Note de lecture : More Agile Testing, par Janet Gregory & Lisa Crispin

Note : 4 ; Pléthorique, mais toujours et encore trop verbeux.

Ce nouvel opus, de prime abord semble avoir pas mal de points communs avec le premier tome. Le plus important est la taille : ici encore il s’agit de 500 pages environ. Plutôt qu’une suite du premier volume, le thème serait plutôt « les auteurs n’ont pas tout dit » ! Si le volume précédent était majoritairement guidé par les cadrans de Brian Marrick, ici l’approche est plus thématique.

Le volume nous propose 25 chapitres, regroupés en 8 parties. La première d’entre-elle, sobrement intitulée « introduction » ne compte que 2 chapitres sur 25 pages. Le premier est consacré aux évolutions des pratiques durant les 10 années qui ont séparé les 2 volumes. Une synthèse juste et plutôt bien faite qui évoque par exemple le test d’applications mobiles ou les pratiques de test d’acceptation. Le second chapitre met un coup de zoom sur l’importance de la culture de l’organisation. C’est un aspect qui avait été peu (ou pas) évoqué précédemment.

La seconde partie « learning for better testing” va regrouper 4 chapitres sur un peu plus de 60 pages. Le chapitre 3 dédié aux rôles et compétences comprend des sujets tels que les profils généralistes versus spécialistes, donc bien sûr une évocation des profils en « I » et en « T » qui m’a toujours semblée un peu bateau et de la pluridisciplinarité. Donc, pas tant de choses nouvelles ou originales au final. Les « thinking skills » évoquées au chapitre m’ont semblées plus intéressantes : la facilitation, l’écoute, la connaissance du domaine pour n’en citer que quelques-uns sont replacés dans le contexte d’une activité de test. Une prose qui pourra s’avérer utile pour le recrutement de vos prochains testeurs.

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Note de lecture : Unit Testing : Principles, Practices and Patterns, par Vladimir Khorikov

Note : 8 ;Des principes et des guidelines très solides pour concevoir les tests unitaires et les tests d’intégration.

Ce n’est pas le premier ouvrage sur les tests unitaires, bien loin s’en faut ! Mais c’est une belle surprise, même si elle bouscule un peu certaines de mes idées établies sur le sujet. Le but de l’auteur est de faire émerger et poser les principes sous-jacents à la pratique des tests unitaires. On pourrait penser que cela peut se contenter d’un mémoire de 50 pages au plus ? Il n’en est rien.

Au niveau du format, le livre rentre dans la moyenne : 270 pages sur 11 chapitres, le tout divisé en 3 parties inégales. . La première d’entre-elle nous dresse le paysage des tests unitaires sur un peu plus de 60 pages incluant 3 chapitres. La finalité des tests unitaires est l’objet des 20 pages du premier chapitre. C’est un début en douceur où est évoqué la question de l’entropie du code, mais où l’auteur s’attaque surtout au mythe de la couverture de code (à juste titre). Dommage que le mutation testing ne soit pas évoqué, ni ici ni plus tard.

Le second chapitre s’attaque à des principes fondamentaux : qu’est-ce qu’un test unitaire ? Une question moins simple qu’il n’y parait. Outre la granularité délimitant le test unitaire des tests d’intégration ou de bout en bout, c’est surtout le choix de l’école de pensée qui est en cause : école de Londres (parfois appelés tests solitaires) ou école classique ou de Chicago (parfois appelés tests sociaux). L’auteur ne fait pas mystère de sa préférence pour l’approcha classique, mais fait un excellent travail pour déterminer comment chaque approcha traite les différents types de dépendances. Le chapitre s’attaque à l’anatomie interne des tests unitaire. Il n’est guère surprenant que l’auteur fasse la promotion du pattern AAA (Arrange, Act, Assert). Il va plus loin en détaillant les bonnes pratiques sur chacun des volets pour améliorer la lisibilité et la maintenabilité des tests, pour ensuite adresser la question de leur paramétrage.

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The Great ScrumMaster, par Zuzana Sochova

Note : 5 ; Les savoir-être du « Scrum Master Way ».

Le format de ce petit livre consacré au scrum mastering me rappelle celui de Roman Pitcher dédié au Product Owner. Je n’avais pas aimé ce dernier. Celui-ci n’est pas grandiose mais il aborde tout de même mieux le sujet. Il n’est pas question de parler de Scrum ici, le sujet est considéré comme acquis et c’est très bien.

Je l’ai dit, il s’agit d’un petit livre. Plus précisément d’un moyen format qui accuse tout juste 130 pages pour un total de 8 chapitres. Le tout abondement illustré de sketchnotting que nous devons à l’auteur. Le premier chapitre compte une quinzaine de pages et se focalise sur les basiques : rôles et responsabilités. Un focus important est donné sur sa responsabilité concernant l’auto-organisation de l’équipe. Ce chapitre expose aussi avec clairvoyance les conséquences de combiner ce rôle avec un autre rôle au sein de l’équipe. Clairement Zuzana est une adepte du Scrum Master « full time » quitte à ce qu’il s’occupe de plusieurs équipes.

Le second chapitre s’articule autour du modèle d’état d’esprit du Scrum Master qui compte 5 volets. Professeur et mentor mettent l’accent sur la posture haute pour aider l’équipe à progresser en lui apprenant des pratiques agiles. L’importance de cette posture diminue avec le temps. Supprimer les blocages est un rôle actif au sein de l’équipe pour lui permettre de progresser sans perturbations. Coach et facilitateurs sont deux postures distinctes mais qui caractérisent la posture basse du Scrum Master, tandis que l’observation est le 5ème pilier qui permet à celui-ci de déterminer la posture qu’il doit adopter.

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Note de lecture : Ctrl Shift, 50 games for 50 ****ing days like today, par Mike Bonifer & Jessie Shternshus

Note : 4 ; Des jeux aux finalités pas toujours claires et un style pas très accessible.

Ce petit livre part d’une idée, ou plutôt deux idées liées au changement : le contrôle, qui est perspective, opportunité et le « shift » qui est l’inattendu, les possibilités. Sur la base de cette idée, les auteurs nous proposent 50 jeux pour appréhender le « shift » et le « control ». Ils se rassemblent en journées thématiques destinées à permettre la sélection du jeu en fonction de l’humeur ou de l’ambiance.

Le livre lui-même est court, environ 200 pages sous un petit format. Le sous-titre parle de « jeux », mais je les appellerais plutôt exercices, très largement inspirés du théâtre d’improvisation. Ils sont à utiliser non pas en atelier dédiés mais pendant la vie quotidienne de l’équipe, pour colorer celle-ci d’une prise de conscience particulière. Bien que les auteurs ne l’évoquent pas, il m’apparait qu’un débriefe adapté dans un format court peut conclure harmonieusement la journée en encrant les prises de conscience.

Les jeux (ou les exercices comme je préfère les appeler) ont un descriptif très court, il s’agit juste d’un cadre avec éventuellement quelques guidelines. Mais n’attendez pas un descriptif du déroulement, nous sommes bel et bien dans le monde de l’improvisation. Par exemple, « this is your lucky day » est un appel à l’action pour nos collègues, pour commencer quelque chose plutôt que discuter ou donner notre opinion.

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Note de lecture : The Pragmatic Programmer 20th anniversary edt., par David Thomas & Andrew Hunt

Note : 8 ; Le changement dans la continuité

La lecture de la première édition fut une réelle révélation pour moi. C’était à l’époque, la prémices de ma découverte de l’agilité. Aujourd’hui ce texte symbolise plutôt le craftsmanship, mais la différence entre les deux a-t-elle tant de sens ? Guère pour moi, en tout cas.

Beaucoup de choses ont changé dans le détail du contenu, d’une part parce que certaines idées des auteurs ont évolué (ce qu’ils soulignent régulièrement dans le texte même) et d’autre part car à la fois le contexte technologique et les pratiques ont progressé. Je pense, sur ce dernier point, aux pratiques de test.

Cette édition 20ème anniversaire a pris un léger embonpoint : 283 pages contre 259 pour l’édition précédente, passant de 8 à 9 chapitres. Dans votre bibliothèque, la couverture dure de ce nouvel opus va le faire passer dans la catégorie de standing supérieur. Les fameux « tips » qui parsèment le livre passent quant à eux de 77 à 97 ! Le premier chapitre s’intitule toujours « a pragmatic philosophy » et compte 25 pages couvrant 7 sujets. Il couvre en peu de pages un ensemble de comportements : prendre ses responsabilités, ne pas laisser les choses se dégrader et entretenir son portefeuille de connaissances. Une belle introduction.

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Note de lecture : The Unicorn Project, par Gene Kim

Note : 7 ; Une intrigue passionnante pour illustrer les « 5 idéaux » de l’auteur.

Gene Kim est co-auteur de plusieurs ouvrages gravitant autour du devops, dont « The Phoenix Project », un texte romancé s’inscrivant dans la continuité de « The Goal » D’Eli Goldratt. Cette fois, il vole en solo de nouveau sur un texte romancé dont l’intrigue s’entrelace avec celle de The Phoenix Project.

La prose occupe un peu plus de 330 pages d’un texte rythmé sur 19 chapitres, mais ceux-ci servent surtout à rythmer l’histoire. Ce sont plutôt les 3 parties qui sont le découpage important. Nous avons droit à une vingtaine de protagonistes dans cette histoire, mais tous n’ont pas la même importance. Nous suivrons surtout Maxine Chambers, « placardisée » au projet Phoenix en servant de bouc émissaire pour un grave problème survenu alors qu’elle était en vacances. Kurt Reznick à la tête de la « Rebellion team » est aussi un personnage majeur, tandis que Sarah Moulton joue le rôle de la méchante. Nous retrouvons aussi épisodiquement Erik Reid du livre précédent, dans un rôle assez curieux. A titre personnel, j’ai bien aimé la présentation « Star Trek » des protagonistes.

Le début est assez lent. Nous assistons surtout durant les 4 premiers chapitres aux affres de Maxine arrivant au sein du Phoenix Project, paralysée par une organisation silotée et procédurière. Ce n’est qu’au chapitre 5 que nous découvrons la Rebellion Team. De manière générale, cette première partie développe largement les dysfonctionnements qui peuvent être observées dans ce type d’organisation. Le paysage dressé, ou la vision d’horreur devrais-je dire, l’est avec beaucoup de détails et de réalisme, mais on n’y apprend rien. Cette première partie introduit toutefois dans ses dernières pages, les « 5 idéaux » qui forment la colonne vertébrale du texte.

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Note de lecture : Rupture Douce saison 03, par Laurent Sarrazin edt.

Note : 4 ; Une consistance du contenu en progrès.

Mes attentes pour ce nouvel opus ne se situaient pas très haut, je dois dire. Et oui, de nouveau je dois constater une certaine disparité entre les textes. Tous ne sont pas bien écrits, et tous ne traitent pas de sujets qui résonnent en moi. On y croise aussi plus de fautes d’orthographes que l’on ne s’y attendrait. Malgré tout cela, dans ce volume de près de 400 pages, il se trouve bien plus de textes sur lesquels je me suis arrêté (et où j’ai appris quelque chose) que je m’y serais attendu. Plutôt que de passer en revue l’ensemble, je vais évoquer ceux-ci.

Le chacal et la girafe d’Éric Bezancon est une simple et bonne introduction de Marshall Rosenberg. Ce n’est probablement pas une prose d’anthologie, mais il explique simplement en quelques pages les étapes OSBD. De quoi se sentir mieux armer au bout de quelques pages, puis de souhaiter s’attaquer à l’excellent « les mots sont des fenêtres » écrit par le maître. Mon ami Vincent Daviet a commis un très bon mariage entre théâtre d’improvisation et agilité. Outre qu’il introduit brillamment les préceptes de cette pratique il nous aide à appréhender les fils qui la relie à l’agilité. Bien joué. Là aussi on pourra poursuivre le plaisir par la lecture de « improving agile team » non cité ici car c’est une référence que j’avais partagée avec Vincent postérieurement à l’écriture de son texte.

J’ai adoré le récit de Nicolas Deverge sur sa mise en œuvre du Lean Startup : le vécu, cela sonne toujours mieux et l’histoire est racontée avec talent. Succès et ratages (dont il ne se cache pas) nous apprenent tous deux des choses. Un texte qui change de ceux qui vantent combien l’auteur est grand et fort… La regrettée Bernadette Lecerf-Thomas nous livre une introduction aux neuro-sciences. Je ne suis pas sûr que ce soit le meilleurs texte que l’on puisse trouver, mais je le considère un peu comme un bonus. Et la aussi, le rapport volume / information est des plus favorables.

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Note de lecture : Refactoring, Improving the design of existing code 2nd edt., par Martin Fowler with Kent Beck

Note : 8 ; Petit dépoussiérage d’un sujet toujours aussi important !

Pas moins de 20 ans ont séparé les deux éditions de cet ouvrage ! Le refactoring, c’est un peu la clé à molette de l’architecture émergente. Et ce livre en est le manuel officiel. Autant dire que c’est un ouvrage majeur du monde agile en général et du craftsmanship en particulier.

Cette seconde édition semble moins imposante que la première. En fait, elle compte approximativement le même nombre de pages, à savoir un peu plus de 400 hors annexes. Question de papier… Petite nouveauté toutefois : il existe une version en ligne qui est la version de référence et qui inclut la totalité des refactorings. La version papier en est donc un sous-ensemble. Toutefois l’ouvrage contient le code d’activation de cette version en ligne qui n’est pas en libre accès ! Autre petite différence, l’impression en 4 couleurs, privilège accordé à un grand classique, j’imagine…

Le livre totalise 12 chapitres, dont les 6 derniers constituent le catalogue à proprement parler. Autant prévenir tout de suite, les exemples sont en JavaScript, ce qui est franchement une mauvaise nouvelle pour moi. L’auteur nous a promis des exemples sans idiomes spécifiques, ce qui est vrai à quelques exceptions près.
Le premier chapitre est un teasing du livre, un exemple. Il met en œuvre des refactorings successifs en identifiant à chaque étape les « smells » résiduels. Il le fait avec la pédagogie à laquelle il nous a habitué. Et il est vrai que le JavaScript ne gêne guère. Un plaisir. On rentre dans le dur au chapitre 2, avec 35 pages consacrés aux principes du refactoring. On y explique quoi, quand et surtout pourquoi refactorer. La pratique y est inscrite au sein des pratiques d’XP et surtout comme partie intégrante du design émergent. J’y retrouve tout ce qui m’avait emballé il y a un peu plus de 20 ans. Cela avait été une révélation pour moi, avant même que je découvre l’agilité. Ne ratez pas ce chapitre.

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