Note de lecture : Comment faire les bons choix, par Chip Heath & Dan Heath

Note : 6 ; La boite à outils de référence pour la prise de décision

Comme son titre le suggère, cet ouvrage traite de la prise de décision. C’est un sujet sensible, par rapport auquel on peut au choix se trouver compétent et armé de bon sens, ou au contraire fort dépourvu et contraint de « tenter sa chance » le dos au mur ! Par le biais de ce livre, les auteurs vont nous proposer un processus pour donner plus rigueur et éviter les biais lors des prises de décisions.

La version française de l’ouvrage est au format poche et compte au total 340 pages pour 12 chapitres complétés d’une introduction. Dans cette dernière, les auteurs mettent en évidence quelques pièges de la prise de décision illustrés d’un exemple. Déjà l’on perçoit l’importance des biais cognitifs dont Daniel Kahneman fut le précurseur, par exemple l’effet de Halo qui illustre le propos en premier lieu. Le premier chapitre aborde les 4 pièges les plus courants de la prise de décision : le cadrage serré, le biais de confirmation, les émotions immédiates et l’excès de confiance. Chacun de ces pièges est illustré d’un exemple qui a permis de surmonter ce piège. Les auteurs ne s’arrêtent pas là, ils nous proposent un processus systématique en 4 étapes à ce propos. Pas mal pour un premier chapitre ! Le second chapitre va zoomer sur le cadrage serré. Par cadrage serré, il faut entendre s’enfermer dans des choix restreints, souvent même binaires. Les auteurs prennent pour exemples les choix opérés par les adolescents, mais très vite ils nous montrent que les organisations ne fonctionnent guère différemment. Pour déjouer ce piège, le texte nous invite à deux possibilités : élargir nos options et donc savoir être créatifs à ce sujet, et étudier le coût d’opportunité, autrement dit « le coût de ne pas faire ». Le chapitre apporte des réponses simples et pragmatiques tout en étant agréable à lire grâce aux exemples.

Le chapitre 3 rentre davantage dans les pratiques spécifiques. Ici, il s’agit du « multipiste, c’est à dire étudier des options en parallèles et non séquentiellement, à la fois pour éviter les biais d’influence, gagner du temps et se permettre d’étudier plus d’options. L’approche ressemble furieusement au « set-based design » du Lean. Ici toutefois, c’est sur la phase réellement exploratoire que l’on se concentre et les auteurs apportent des éléments pour nous aider à étudier ni trop ni trop peu. C’est un chapitre honnête sans être pour autant fulgurant. Dans la même veine, le chapitre 4 nous invite à trouver quelqu’un qui a déjà résolu notre problème. Malgré la simplicité et même l’évidence du concept, le texte développe bien le sujet : regarder à l’intérieur de l’organisation les initiatives prometteuses, à l’extérieur les ressemblances plus lointaines mais aussi les analogies pouvant exister dans des environnements très différents. Seul le « répertoire des décisions » ne m’a guère convaincu.

Le biais de confirmation est un risque majeur dans la prise de décision. Le chapitre 5 lui est consacré. Le texte mise beaucoup sur ce qu’il appelle le désaccord constructif pour briser ce biais. Plus simplement, il peut aussi s’agir de poser des questions sans concession plutôt que de satisfaire de complaisance. Vu l’importance du sujet, le chapitre est un peu décevant par sa teneur, du moins si on le compare aux autres. Le titre du chapitre 6 « zoom avant / zoom arrière » est assez cryptique. En fait, il s’agit de mettre en perspective nos convictions propres avec les informations externes (avis, statistiques) qui sont disponibles. Le propos ne nous invite pas à ignorer complètement nos instincts mais à savoir à minima les pondérer. Là non plus le chapitre n’est pas extraordinaire.

Nous arrivons au chapitre 7 qui nous propose de « oucher ». L’idée se réfère en fait à ce que nous connaissons bien en agile : mener de petites expérimentations, très frugales et donnant souvent des résultats imprécis, mais qui permettent de confirmer ou d’infirmer une idée. Les auteurs opposent cela à l’idée de prévoir ou prédire parfois de manière couteuse. Bref, il s’agit de s’appuyer sur des faits et des observations plutôt que sur des ressentis ou des opinions. Rien de nouveau pour nous, mais cela méritait sans doute d’être dit. Le chapitre 8 s’inscrit dans la continuité puisqu’il nous propose de prendre de la distance avec nos émotions. Celles-ci se mêlent ou sont dues encore une fois à des biais cognitifs comme l’effet de simple exposition ou l’aversion de la perte. Le texte nous propose de prendre de la distance en se questionnant sur ce que seraient ces émotions dans 10 ans par exemple. Un chapitre honnête.

C’est de rationalisation dont il va être question au chapitre 9, plus précisément, de mettre nos décisions en perspectives de nos priorités essentielles. C’est un nouvel angle pour contrebalancer nos émotions. L’auteur nous aide à comprendre qu’il faut hiérarchiser ce qui est important pour nous, non pas pour respecter cet ordre aveuglément, mais pour prendre des décisions sans occulter ces priorités essentielles. Une règle de vie qui compte réellement. Le chapitre 11 « délimiter l’avenir » semble plus nébuleux, on y parle coefficients de sécurité, borne supérieure… J’avoue ne pas trop savoir que faire du propos. Au contraire, le chapitre 11 nous parle des signaux d’alarmes. Au contraire des autres pratiques pour nous aider à prendre de meilleures décisions, les signaux d’alarmes sont là pour déclencher cette prise de décision, nous éviter le pilotage automatique et la somnolence. Et souvent pour mettre en œuvre le « plan Orsec » ! Enfin le chapitre 12 ne termine hélas pas le texte sur une note haute, car il met en avant les vertus du processus sans être convaincant dans le propos. Dommage !

Cet ouvrage consacré à la prise de décision est un grand classique. Il nous offre de nombreuses pratiques et des perspectives utiles pour faire mieux que prendre des décisions avec ses tripes. Sans être parfait, je le qualifierais de très utile. Le texte est agréable à lire, agrémenté de très nombreuses histoires pour mettre en situation le propos. Ne boudez pas votre plaisir !

Référence complète : Comment faire les bons choix – Chip Heath & Dan Heath – Flammarion 2014 (V.O. : Decisive ; Random House Business 2013 ; ISBN : 978-1847940865) – ISBN : 978 2 0813 7566 6

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