Note de lecture : Scrum 4ème édition, par Claude Aubry

Note : 6 ; Le texte progresse, mais pas assez et surtout pas assez dans la bonne direction pour moi !

Mon principe de base est simple : pour une nouvelle édition, si le texte ne progresse pas, la note baisse ! Pourtant du changement, il y en a et oui, j’ai fait baisser la note. Que s’est-il passé ?

Le volume de l’ouvrage n’a guère changé : 294 pages contre 291 pour l’édition précédente. Mais le découpage est passé de 20 à 22 chapitres, ce qui augure de l’ampleur des changements.

Le premier chapitre est passé de 10 à 14 pages avec un contenu complètement revu en bien, il fait d’ailleurs référence à ma présentation « Scrum Shu Ha Ri » et est moins méthodologique que dans l’édition précédente. Même taille pour le chapitre 2, mais lui aussi profondément remanié. Le concept de Sprint est mieux abordé mais il n’y a guère de différence sur le fond. Notamment, il y a ce concept de release dont je pense qu’il serait temps de le laisser tomber. Nous y reviendrons.

Le chapitre 3 « les gens de Scrum » est une nouveauté. Il donne un aperçu de l’écosystème humain du projet, avec au-delà de l’équipe les parties prenantes et les experts. L’évocation de ces deux derniers est une bonne chose, mais l’auteur ne développe guère le sujet, il est juste évoqué. Claude emprunte une pente un peu glissante en évoquant un rôle de « leader technique » qui, s’il s’impose souvent de facto, ne fait pas partie de Scrum et va à contresens de l’auto-organisation.

Le chapitre 4 consacré au PO a évolué dans sa forme (il est aussi plus court), mais peu sur le fond. Il est fidèle à Scrum mais cela fait partie des points sur lesquels je pense que le livre aurait pu progresser. Même remarques pour le chapitre 5 qui évoque le SM : changement sur la forme, peu sur le fond et format plus court. Claude s’est beaucoup inspiré de « Exploring Scrum » qui est très loin d’être ma référence préférée. Pour ce chapitre, il aurait pu se rapprocher du Scrum Mastery de Geoff Watts.

Remaniement sur la forme plus que sur le fond également sur le chapitre 6 qui s’attaque au backlog. On gagne 2 pages au passage et il est vrai que l’ensemble est plus fluide. Mais je trouvais déjà l’abord de l’auteur compliqué avec 3 types de stories et la classification de Kruchten, par exemple, et c’est toujours aussi lourd dans cette édition. Là aussi j’attendais du progrès, plus de simplification et plus de légèreté. Le chapitre 7 « Affiner le backlog » est une nouveauté de cette édition. Je ne suis pas emballé plus que ça, le chapitre étant trop « processus » à mon goût, la question de la « définition de prêt » qui devrait y être centrale n’occupe qu’un maigre paragraphe guère convainquant. Je sens ici l’influence de « Exploring Scrum » dans son aspect que j’avais le plus critiqué.

Le chapitre 8 consacré à la définition de fini a avancé dans l’ouvrage, elle était précédemment au chapitre 11. L’ancienne version mettait une certaine emphase sur le « fini de la story », elle est moindre maintenant. On continu à y trouver le fini du sprint (intérêt faible) et de la release ou de la feature (intérêt nul). Par contre pas un mot, vers le bas, du fini de la tâche qui est important. Moi je rajouterai même un fini du commit ! Bref, le progrès attendu n’est pas là, on régresse même. Pas de grosses nouveautés sur le chapitre 9 concernant la planification de sprint qui était plutôt correct dans l’édition précédente. Le chapitre 10 a trait à la mêlée quotidienne. La forme a évolué, mais le fond reste égal à lui-même, donc plutôt correct. Là aussi je pense qu’il était possible d’évoquer d’autres pratiques favorisant une meilleure interaction.

Toujours des modifications de forme, mais guère de fond pour la revue de sprint au chapitre 11. J’aurais aimé que Claude développe la question du scénario utilisateur qui change beaucoup la perception d’une revue. Là aussi mes attentes n’ont pas été satisfaites. Le chapitre 12 sur la rétrospective continue sur cette lancée, le fond ne bouge guère. Pourtant la rétrospective est une pratique sur laquelle on expérimente pas mal. On en est à la 4ème édition, Claude ! Il est temps de faire bouger ça !

Le chapitre 13 est consacré à la contextualisation de Scrum. Si la forme est remaniée, je ne vois guère d’évolution sur le fond, à part peut-être la rapide évocation de « agile fluency ». C’est encore un endroit où je m’attendais à plus d’évolutions, ne serait-ce que par la montée en force de devops et du déploiement continu (très peu évoqués dans l’ouvrage). Le chapitre 14 « de la vision aux features » n’a pas bougé. Passons.

Le chapitre 15 est consacré au story mapping. Il continu à traiter deux sujets disjoint en portant aussi le sujet des tests d’acceptation. Cette partie a été fortement réduite et c’est dommage. Je pense qu’il aurait été préférable d’associer celle-ci à la définition de fini et d’ainsi mieux traiter ce chapitre. Le chapitre sur la planification de release (précédemment au chapitre 6) trouve finalement sa place ici. Il n’y a pas grand-chose de changé et j’aurais espéré voir disparaitre ce vestige d’Unified Process qui ne fait même pas partie de Scrum. Le chapitre 17 est un succulent guet-apens aux lecteurs avides d’outils (ils seront nombreux), car l’auteur parle avec beaucoup de précautions des outils électroniques et focalise sur le low tech et les jeux : bien joué !

Le chapitre 18 traite des indicateurs. Par rapport à l’édition précédente il ne contient plus la partie estimation. J’aurais aimé le voir évoluer vers des mesures produit plutôt que de rester enfermé dans un modèle capacitaire qui se focalise sur la release, qui plus est. Je sacrifierais volontiers tout le propos autour de la release et des features pour étoffer un peu ce maigre chapitre de 9 pages sur les pratiques d’ingénierie. Il y a tellement d’aspects élidés ici qui sont pourtant vitales pour donner une réalité au fonctionnement agile du projet ! Le chapitre 20 introduisant Kanban avec Scrum est nouveau. C’est une introduction tout à fait honnête au sujet et au mixte des deux approches.

Le chapitre 21 aborde la question du scaling. C’est une évolution du chapitre correspondant de l’édition précédente. Le point de vue de l’auteur va dans le sens d’un SAFE-Like. Là aussi j’attends plus de clairvoyance de Claude, pour chercher à désynchroniser, plutôt qu’à synchroniser et à dé-scaler plutôt qu’à scaler ! Le livre se referme sur une introduction aux changements d’organisation. Le texte met justement le doigt sur les aspects culturels et de silotage des organisations. On appréciera l’introduction à l’agile fluency.

Cette revue est plus longue que d’habitude. Peut-être parce que Claude m’a envoyé un exemplaire du livre ? J’ai été dur avec cette revue, plus qu’avec les éditions précédentes et plus qu’avec d’autres livres. Qu’il le veuille ou pas, Claude Aubry est une figure majeure du paysage agile Français. A grands pouvoirs… En fait le livre est honnête et de bonne teneure à maints égards. Mais il reste ancré sur des aspects à temps de cycle long comme les features et la release. J’ai même eu l’impression que leur importance est encore accrue. L’heure est aux cycles plus courts, au déploiement continu sur le Cloud. Le texte prend de manière prononcée des allures poussiéreuses en n’évoluant pas dans son propos.

Scrum 4ème édition, par Claude Aubry

Référence complète : Scrum, Le guide pratique de la méthode agile la plus populaire, 4ème édition – Claude Aubry – Dunod 2015 – ISBN : 978 2 10 073874 8

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