Note : 5 ; Une vision austère mais pratique des chaines de valeur dans l’univers de la production, difficile à transposer en dehors.
Ce livre est un texte, si ce n’est le texte de référence sur le value stream mapping. Quel que soit le texte auquel vous allez vous référer sur le sujet, vous allez finir sur l’ouvrage de Rother et Shook. D’ailleurs celui-ci a été primé par le « Shingo Prize »… au siècle dernier. Et c’est là le problème majeur du livre : il est ancien, n’est plus édité et est tout simplement introuvable en langue anglaise. Il n’est plus réimprimé non plus en français, mais n’est pas encore complètement épuisé même si on ne doit pas en être loin. C’est donc vers cette traduction que je me suis dirigé.
Le livre est « grand format » et se repèrera vite dans une bibliothèque. Mais le nombre de pages et des plus réduits : à peine une centaine. Comme le prix est assez élevé, c’est sans doute le « prix à la page » le plus élevé que j’ai jamais concédé ! Le nombre de chapitres (ici appelés « parties ») est aussi réduit, tout juste 5.
La première partie est des plus réduite avec seulement 7 pages. Comme on peut s’y attendre, c’est une introduction qui répond au « pourquoi » de la chaine de valeur. On y évoque aussi le Kaizen, car l’objectif de la chaine de valeur et de cet ouvrage est bien l’amélioration.
On attaque les choses sérieuses au second chapitre avec la cartographie de la chaine de valeur « version courante ». A partir de ce chapitre l’ouvrage va s’appuyer sur un cas d’étude : l’entreprise ABC emboutissage. Comme dit précédemment, le ciblage du texte est la production industrielle. Des concepts comme le « flux de matière » peuvent être transposés pour les travailleurs du savoir. Pour des conseils tels que « parcourir à pied la chaine de production », c’est moins évident. Les concepts importants de la modélisation y sont introduits. Certains, comme le temps de cycle, nous sont habituels, mais d’autres le sont moins comme le temps de valorisation. D’autres enfin sont plutôt difficile à appréhender, comme le CPC (chaque pièce chaque jour). Malgré la construction progressive de la chaine de valeur et la représentation des modèles (parfois sur double page), le propos est ardu à suivre.
La 3ème partie reprend un peu de hauteur avec une bonne dose de théorie pour caractériser ce qu’est une chaine de valeur pensée au plus juste. Les auteurs y développent 7 directives, souvent illustrées. On y retrouve pour partie des principes Kanban bien connu. Cela permet de reprendre son souffle après une seconde partie ardue et une 4ème qui s’annonce l’être aussi. Au global, un chapitre captivant.
Dans la quatrième partie, nous allons suivre la conception de la chaine de valeur remaniée, toujours avec le cas d’usage abordé dans la seconde partie. Ces évolutions sont issues de 8 questions structurantes telles que « à quel endroit peut-on instaurer un flux continu ? » ou encore « à quel endroit mettre un dépôt de stockage pour régulariser le flux ? ». Le chapitre est assez ardu à suivre, mais quand même plus accessible que le second.
La dernière partie évoque l’implémentation des évolutions modélisées lors du chapitre précédent. Les auteurs développent le concept de « grandes boucles » au sein de la chaine de valeur, sui sont des sous-segments de la chaine ayant des relations asynchrones entre-elles. Le plan de mise en œuvre consistant à commencer par l’aval de la chaine. Ils nous proposent également des Canvas pour suivre cette mise en place, mais leur maitrise semble aussi difficile que d’appréhender la chaine de valeur elle-même…
L’ouvrage est court, mais plus difficile à appréhender qu’on puisse le penser de prime abord. La difficulté essentielle étant que l’approche et les connaissances pré-requises sont celles de la production industrielle. C’est aussi une limite assez forte de l’utilisabilité du texte dans le contexte des travailleurs du savoir : les transpositions à mettre en œuvre vont de « très difficile » à « pratiquement impossible ». Je savais que je pouvais me confronter à cette difficulté en ouvrant ce livre. Malheureusement, il ne m’aidera guère dans mon quotidien.
Référence complète : Bien voir pour mieux gérer – Mike Rother & John Shook – Institut Lean France 2008 (V.O. : Learning to See ; Lean Enterprise Institute 1998) – ISBN: 978 2 9529806 1 6
