Note de lecture : Nudge : Comment inspirer la bonne décision, par Richard H. Thaller & Cass R. Sunstein

Note : 4 ; Un texte qui a bien du mal à garder le cap sur son propos central.

Le « nudge », c’est le coup de pouce pour inciter l’utilisateur à prendre une décision. Il peut être bienveillant ou moins avouable. Dans cet ouvrage, les auteurs défendent l’incitation bienveillante sans réfuter toutefois que l’inverse existe. En tant qu’économistes (et même prix Nobel d’économie) ils défendent farouchement la liberté de choix et une économie farouchement libérale. Ils qualifient leur positionnement de « paternalistes libertaires », le premier terme ayant trait au « coup de pouce » que colore leur positionnement économique.

Le texte compte 410 pages composés de 16 chapitres, eux-mêmes regroupés en 4 parties. Au vu du sujet, c’est un volume que l’on peut qualifier de conséquent, eut égard au sujet. La lecture du texte viendra confirmer cette impression. La première partie « Econe et simples mortels » présente, sur 5 chapitres, la « méthode douce » en allant crescendo. On retrouve au premier chapitre de nombreux éléments d’économie comportementale, avec un certain nombre de biais très bien illustrés. Le second chapitre nous rapproche doucement du sujet central : il y est question de la tentation et des choix irréfléchis. Nous savons que nous opérons un mauvais choix, mais cédons à la tentation en l’absence de freins et en rationalisant nos actes.

Au troisième chapitre il va être question des comportements grégaires, c’est-à-dire de notre inclinaison à suivre les autres. Pris dans l’autre sens, l’incitation sociale est une manière d’infléchir justement les comportements. Nous sommes déjà dans « l’incitation douce ». Cadrer les contextes d’application de l’incitation douce est l’objet du chapitre 4. Pour le résumer, il s’agit des cas de figure où le bénéfice de l’action apparait plus tard et non immédiatement comme dans le cas de la tentation vue précédemment. Cette première partie se clôt sur un élément majeur de l’ouvrage : ce que les auteurs appellent « l’architecture du choix ». Si les éléments de structuration y sont présents (choix par défaut, retour d’information, etc.), ce chapitre est plutôt orienté narratif là où une organisation permettant de mieux repérer les éléments de cette architecture aurait été préférable.

La seconde partie s’intitule très sobrement « l’argent » et couvre 60 pages sur 3 chapitres. Un chapitre consacré à l’épargne et plus précisément illustré par les plans de retraite ouvre cette partie. Il s’agit d’un des sujets de prédilection des auteurs, et le chapitre s’avère d’avantage consacré à l’analyse de de l’épargne de retraite qu’à l’utilisation de la méthode douce dans ce cadre. C’est d’investissement dont il est question au chapitre 7, mais en fait toujours dans le cadre de la retraite par capitalisation. Ici l’architecture du choix permet de contrebalancer notre aversion au risque naturelle. Le dernier chapitre est consacré au crédit et à ses formules délibérément opaques. On s’écarte là de la méthode douce pour proposer un cadre règlementaire où ces crédits seraient comparables. Un chapitre qui ne parait franchement pas nécessaire, peut-être même hors sujet.

La troisième partie aborde la question du choix au niveau de la société. Le thème occupe 5 chapitres pour un total de 90 pages. Nous sommes de retours sur l’assurance vieillesse et plus précisément sur la privatisation de celle-ci (les auteurs sont d’ardents promoteurs de la privatisation d’à peu près tout) en Suède. Les auteurs s’extasient sur la possibilité de composer librement son panier d’investissement tout en concluant que l’excès de choix devient problématique, de même que le manque de guide pour composer un panier pertinent. Un bon point pour le « choix par défaut » très bien conçu, toutefois. C’est ensuite à l’assurance maladie et au fameux « medicare » d’être passé au crible. Là aussi c’est l’absence de guide et de retour d’information qui est pointé du doigt, surtout s’adressant à une population sous-éduquée.

Plus original est le chapitre 11 qui évoque les dons d’organe (toujours aux États-Unis) et explore certaines options comme le consentement présumé ou l’obligation de choisir. C’est plutôt une bonne illustration de l’architecture du choix, meilleure qu’u chapitre, je trouve. Les auteurs pensent être en mesure de proposer des solutions pour sauver la planète au chapitre 12 ! En bons libéraux, ils pensent que l’échange de quotas carbone est LA solution, et je n’épiloguerais pas. Mais le volet abordant la divulgation obligatoire d’information s’avère bien plus intéressante. C’est encore en bons libéraux que les auteurs se font promoteurs de la privatisation du mariage, qu’ils voient comme une extension du principe du mariage religieux qui pourrait devenir officiel, et s’ouvrir à des licences non-religieuses. Un moyen de s’ouvrir à des mariages adaptés aux souhaits de toutes les franges de la population. Pour autant que les licences soient effectivement accordées. Ce n’est guère convaincant.

La dernière partie s’intitule « extensions et objections ». C’est en fait un peu un fourre-tout. Elle couvre 3 chapitres sur une cinquantaine de pages. Au chapitre 14 « 12 petits nudges », les auteurs nous présentent 12 exemples de mises en place d’incitation douce et les bénéfices qui en sont retirés. C’est plutôt intéressant, mais présenté de manière réellement biaisée. Le chapitre 15 est consacré aux objections. Les auteurs en dénombrent 7 et je leur reconnais l’honnêteté de les avoir présentés. Mais je trouve qu’ils les balaient un peu rapidement. Enfin l’ouvrage se referme sur un chapitre 16 présentation l’incitation douce comme une « 3ème voie ». La conclusion est ambitieuse, mais courte et peu étayée.

Le sujet du « nudge » est intéressant. Je me demandais comment il pouvait occuper 400 pages là ou moins de 200 me semblaient largement suffisants. La réponse est simple : en s’écartant du sujet pour développer des thèmes largement en marge du propos. Le texte manque de direction et pourrait être plus structuré autour de l’architecture du choix. Il aurait gagné en intérêt et en pertinence.

Référence complète : Nudge : Comment inspirer la bonne décision – Richard H. Thaller & Cass R. Sunstein – Vuibert 2010 (V.O. : Nudge : Improving Decisons about Health, Wealth and Happiness ; Yale University Press 2008 ; ISBN: 978-0141040011) – ISBN : 978 2 266 22799 5

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