Note de lecture : The Inmates are Running the Asylum, par Alan Cooper

Note : 7 ; Thumbs up sur le goal-directed design, thumbs down sur le processus.

Il s’agit là du livre de référence sur les Persona. Mais en fait l’ouvrage couvre bien plus largement la question de la place du design dans la conception des produits. Un propos qu’il faudra relativiser avec son écriture au début des années 2000 et même de la findes années 90, car il s’agit en fait d’une édition révisée.

C’est certainement moins vrai aujourd’hui, grâce en partie à cet ouvrage. Le père du Visual Basic nous gratifie ici d’un ouvrage de près de 250 pages découpé en 14 chapitres. Le nombre apparemment élevé de chapitres est bienvenu car il s’agit presqu’uniquement de prose ! L’ensemble est structuré en 5 parties. La première, intitulée « computer obliteracy » couvre 40 pages avec 2 chapitres. Le premier « riddles for the information age » nous propose de regarder les objets qui nous entourent pour constater à quel point l’électronique les a envahis … et à quel point notre expérience avec ces objets s’est dégradée. La phrase clé du chapitre est : quand vous croisez un objet (quel qu’il soit) avec un ordinateur, le résultat est un ordinateur ! Au second chapitre, il est question d’apologistes, de survivants et d’ours qui dansent. L’interaction avec les logiciels s’apparentent aux ours qui dansent : on s’émerveille de ce qu’ils font, mais tout bien considéré, en fait un ours ça danse terriblement mal ! Les apologistes sont les développeurs : ils imaginent que parce qu’ils sont capables de d’utiliser un ordinateur à la geek, les utilisateurs le seront ! Ces derniers s’apparentent souvent à des survivants : Bien qu’ils soient tourmentés par un système qui se comporte pour eux en dépit du bon sens, ils se conforment pour pouvoir faire leur boulot. Les deux chapitres sont de purs régals.

La 2ème partie « i twill cost you big time » regroupe 3 chapitres sur 40 pages. Le chapitre 3 « wasting money » couvre 17 d’entre elles. On y comprend que l’agilité, ce n’est pas son truc à Alan Cooper. Exhortant des « shipping late doesn’t hurt » ou les coût des prototypes, il nous invite à prendre le temps de faire des études amont bien détaillées… Le chapitre 4 signe le retour de l’ours dansant. L’auteur évoque le coût de la non qualité des logiciels : installation fastidieuse, incapable de mémoriser les habitudes de l’utilisateur ou simplement inflexibles et paresseux. Un coût qui se chiffre en perte de loyauté, comme il est évoqué au chapitre 5. Si Apple a su se rendre désirable au point que la loyauté de ses clients soit à tout épreuve, seule la position dominante de Microsoft lui a permis de contrer le manque de désirabilité de ses produits. Un atout que n’avait pas Novell et qui lui a coûté la vie alors que l’entreprise se pensait invincible.

La troisième partie prétend nous montrer comment manger de la soupe avec une fourchette. Elle compte 3 chapitres sur une quarantaine de pages. Le chapitre 6, éponyme du livre nous compte combien les ordinateurs sont différents des humains (sauf les programmeurs qui tendent à converger vers les ordinateurs) et que malgré tout on s’attend qu’ils leur ressemblent ce qui est la recette pour des catastrophes. Le développeur, parlons-en ! L’auteur l’appelle « homo logicus » qu’il oppose à « homos sapiens ». Dans ce chapitre 7, Alan Cooper évoque tout ce qui différencie ces deux espèces. De geeks oppressés par les brutes au lycée, ils sont devenus les brutes oppresseurs de leurs anciens bourreaux… C’est bien sévère ! Le chapitre 8 fera mal à certains, car il appelle la culture de la programmation, une « culture obsolète », isolationniste centrée sur les souhaits de l’ingénierie et non sur les besoins de l’utilisateurs.

La 4ème partie « interaction design is good business » nous conduit enfin vers le domaine de la solution. On y compte également 3 chapitres qui totalisent 75 pages. Le chapitre 9 « design for pleasure » introduit l’élément clé qui font de cet ouvrage un texte de référence : les persona. En fait il s’agit même de l’élément clé de l’approche d’Alan Cooper et ce chapitre seul justifie l’achat du livre ! On y comprend vraiment l’essence de l’approche. Dans « designing for power », au chapitre 10, c’est le goal-directed design qui est introduit et s’appuie lui-même sur les persona. C’est l’occasion aussi de faire un clin d’œil à la Product Box. Un but n’est pas la même chose qu’une tâche, le chapitre rend cela très clair. Designing for people, au chapitre 11 nous propose de comprendre le positionnement d’un produit pour le positionner vers le « perpétuel intermédiaire ». Sans doute le chapitre le plus faible de cette quatrième partie.

La 5ème partie « getting back to driver’s seat » nous gratifie à son tour de 3 chapitres, pour une quarantaine de pages. Au chapitre 12, on revient sur le processus. On retrouve les poncifs de l’auteur sur la nécessité de prendre du temps pour faire l’interaction design au début. De bonnes idées finement entremêlées à de très mauvaises. Cela empire au chapitre 13 où nous sommes invités à documenter le design de manière détaillée : on gagne du temps sur le développement qui est une pure activité d’exécution. L’auteur nous dit qu’il faut quand même de l’intelligence pour mettre en musique ce que les autres ont pensé. Un chapitre exécrable. Changer la façon de penser le processus est le thème du chapitre final : il faut débarrasser le développeur des réflexions sur le design d’interaction, tout comme on l’a débarrassé (avec succès ??) du test ! Certes on a besoin des designers, mais certainement pas pour les mettre dans une façon de penser le processus qui est à contre-courant.

L’œuvre majeure d’Alan Cooper montre d’excellentes choses et de moins bonnes. Le propos sur le design d’interaction et sur nos façons erronées de le voir est un pur régal. Sa façon d’imaginer le processus est une magnifique déclinaison de la pensée Tayloriste, et je ne saurais y souscrire, même par la force ! Enfin, malheureusement le texte accuse un peu son âge. Certaines choses qui étaient vrai à la fin des années 90 ont bien évoluées en 2020. Il reste sans aucun doute du chemin et je me régalerais d’un texte mis à jour. Tout comme je lirais avec intérêt les idées de l’auteur sur le processus à la lumière d’un mouvement agile qui est à 180° de ses idées…

Référence complète : The Inmates are Running the Asylum – Alan Cooper – SAMS 2004 – ISBN : 978 0 672 32614 1 6

Votre commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l’aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google

Vous commentez à l’aide de votre compte Google. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l’aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l’aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s

Ce site utilise Akismet pour réduire les indésirables. En savoir plus sur la façon dont les données de vos commentaires sont traitées.