Note de lecture : Facilitator’s Guide to Participatory Descision-Making 3rd edt., par Sam Kaner with Lenny Lind, Catherine Toldi, Sarah Fisk & Duane Berger

Note : 5 ; Les bases de la facilitation

Le titre me laissait à penser qu’il s’agissait d’un livre focalisé sur la prise de décision facilitée. En fait, le texte traite plus largement du processus dans son ensemble, ce que les auteurs appellent le « cycle en diamant » qui couvre une phase divergente, une phase convergente et au milieu ce qu’ils appellent la « groan zone », littéralement la « zone des gémissements ». Et bien sûr au bout, il y a le processus de décision lui-même ! En réalité, le titre ne ment pas.

Par contre, je m’attendais à un texte pour le « niveau d’après », alors que les auteurs cherchent plutôt à assoir les bases. Un peu de déconvenues pour moi, donc. L’objet en lui-même est dans la lignée de l’ouvrage d’Ingrid Bens, avec un format proche du A4, une présentation et une police qui font d’avantage penser à un support de cours, surtout quand on considère l’importance des illustrations. Il y a donc moins de raisons d’être effrayé par les 370 pages de la bête, surtout que la lecture est rythmée en 25 chapitres regroupés en 5 parties.

La première partie couvre les principes de base, sur 3 chapitres, en moins de 40 pages. C’est un « tour rapide » du processus en diamant que nous propose le premier chapitre. C’est couvert en une vingtaine de pages couvertes aux deux tiers d’illustrations. C’est agréable à lire, descriptif mais peu explicatif. Bref, une introduction. Le second chapitre se focalise sur la dynamique de participation, celle permettant d’obtenir ce que les auteurs appellent des « solutions inclusives ». On enfonce un peu des portes ouvertes. Cette première partie se referme sur le rôle du facilitateur : c’est simple et clair sur l’attendu, mais superficiel sur la posture.

La seconde partie est la plus importante du livre, avec 11 chapitres sur près de 190 pages, et adresse les fondamentaux de la facilitation. Le chapitre 4 qui ouvre cette partie s’intéresse à la facilitation de l’écoute. L’essentiel est constitué de micros-outils décrits en une page, presque au format « patterns ». Ce sont des outils de base simples, mais qui rendront service au facilitateur débutant. Par contre le chartwriting décrit au chapitre 5 est bien trop simpliste, je passe. Je suis aussi étonné de la brièveté du chapitre 6 sur le brainstorming. Le sujet est juste effleuré avec quelques considérations générales. C’est décevant.

Au chapitre 7, les auteurs proposent quelques patterns pour gérer et catégoriser les longues listes. Là encore c’est assez basique, mais plutôt utile. On passe à la facilitation de discussions ouvertes au chapitre 8, de nouveau avec des « micro-outils » mais que j’ai trouvés moins utiles que ceux du chapitre 4. Des alternatives aux discussions ouvertes nous sont proposées au chapitre 9. Vraiment beaucoup d’alternatives je dois dire, mais trop en mode « recette de cuisine » à mon goût. Dommage.

C’est de construction d’agendas qu’il est question aux chapitres 10 et 11. D’abord avec des principes de conception et quelques modèles fort peu convaincants au chapitre 10. Puis avec la détermination du produit attendu basé sur les buts globaux et locaux (du meeting) au chapitre 11. Une réflexion intéressante. Dans le chapitre 12 consacré à la conception d’agenda, les auteurs proposent d’assembler les agendas en chaine d’activités (typiquement 3) et proposent des chaines typiques qui sont autant de patterns. Dommage que l’idée soit peu développée dans ces pages.

Les dynamiques difficiles sont le sujet du chapitre 13. Il en recense un bon nombre et propose autant de réponses. Je regrette encore une fois l’aspect « recettes », mais au moins les auteurs rentrent ils dans le sujet. Cette seconde partie se referme sur les challenges du facilitateur. Le facilitateur débutant trouvera de la matière utile, dommage qu’elle soit présentée de manière si rébarbative.

La 3ème partie « sustainable agreement » couvre une trentaine de pages sur 3 chapitres. On débute cette partie par un chapitre 15 consacré aux principes d’un accord durable. Pour casser le suspens, disons qu’il doit être collaboratif et partagé. Ce court chapitre nous apporte peu. Beaucoup plus intéressant, le chapitre 16 nous expose les principes de « solutions inclusives » par le truchement d’études de cas. Une pépite à conserver. Enfin le chapitre 17 considère la reformulation. C’est un outil puissant, sinon essentiel. Mais encore une fois, il est plutôt abordé sous l’angle des recettes plutôt que du principe sous-jacent qui permettrait de mieux l’exploiter.

La quatrième partie aurait sans doute pu être comprise dans la troisième, car il s’agit ici de faciliter les accords durables. Le ticket est de 60 pages pour 4 chapitres. La facilitation de la « zone divergente » est au programme du chapitre 18. Il manque un peu d’allant, ce chapitre. Les auteurs y présentent quelques déclinaisons des outils proposés par exemples dans le chapitre 4, ainsi que d’autres tels le mind map. Reste l’impression que ce chapitre est plutôt une sorte d’introduction. Le chapitre 19 consacré à la zone des gémissements nous fait bien comprendre qu’il s’agit là de créer de l’accord ou au moins de la compréhension mutuelle entre les participants, pour préparer la partie suivante.

C’est de la zone convergente dont il est logiquement question au chapitre 20. J’y ai bien aimé le « hunting for examples » et moins les outils de planification vraiment trop old school. Introduire la question des dynamiques de groupe au groupe est certainement une bonne idée, mais ce chapitre de clôture de cette quatrième partie le fait façon « recette de cuisine ultime » en nous indiquant même comment et quand bouger les mains !

La dernière partie « reaching closure » nous gratifie de 4 chapitres couvrant une cinquantaine de pages. Le chapitre 22 s’intéresse aux règles de décisions, les limitant à 4 possibles, ce qui est vraiment réducteur (le consentement holacratique ne rentre dans aucune). Le chapitre 23 lui nous expose les gradients d’agrément et les façons de l’utiliser. C’est un des concepts les plus riches de l’ouvrage : à ne pas rater. Un cran au-dessus, mais moins intéressant, les méta-décisions du chapitre 24 nous invite à décider du processus de décision, le tout étayé par des exemples réels. C’est bien. Enfin, le livre se referme sur la facilitation du processus d’agrément. Un chapitre plutôt pauvre.

Au final j’ai plutôt été déçu, mais surtout parce que le livre ne correspondait pas à mes attentes, pas parce qu’il est mauvais. C’est plutôt un texte d’introduction à la facilitation de réunions. Il expose plus que décemment les dynamiques divergente / convergente amenant à la prise de décision. Les outils et postures proposées sont plutôt « niveau Shu ». Alors que je pensais qu’il était la suite logique du « facilitation with ease », je le positionnerais plutôt en introduction de l’ouvrage d’Ingrid Bens.

Facilitator’s Guide to Participatory Descision-Making 3rd edt., par Sam Kaner with Lenny Lind, Catherine Toldi, Sarah Fisk & Duane Berger

Référence complète : Facilitator’s Guide to Participatory Descision-Making 3rd edt. – Sam Kaner with Lenny Lind, Catherine Toldi, Sarah Fisk & Duane Berger – Jossey-Bass 2014 – ISBN: 978 1 118 40495 9

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