Note de lecture : La cinquième discipline, par Peter Senge

Note : 7 ; La systémique en tant que philosophie de vie !

Ceci est un grand classique, il m’était difficile d’échapper à cette lecture ! La 5ème discipline, c’est la systémique. Ce texte est la grande référence sur le sujet et il étale le sujet sur 5 parties couvrant 400 pages dans cette édition française. Le tout représente 18 chapitres.

La première partie « comment nos actions façonnent notre réalité… » compte un peu moins de 60 pages sur 3 chapitres. Le premier sert d’introduction pour nous diriger vers le véritable objectif de l’auteur : les organisations apprenantes et fait un bref teasing sur les 5 leviers : la pensée systémique, la maîtrise personnelle, les modèles mentaux, la vision partagée et l’apprenance en équipe. On retrouvera ces 5 sujets au cours de l’ouvrage. Le second chapitre aborde d’ailleurs la capacité des organisations à apprendre et les 7 mythes répandus qui y font obstacle. Ainsi « l’ennemie est au-dehors » me rappellent toutes les raisons exogènes que l’on énumère pour éviter de fixer nos propres faiblesses… Le chapitre met l’eau à la bouche. Le 3ème chapitre est un vrai plaisir, car il aborde le jeu de la bière que je vous suggère d’essayer et qui nous met le pied dans la vue systémique d’un cycle production-consommation !

La seconde partie est consacrée aux leviers des organisations apprenantes. Il s’agit de 4 chapitres occupant un peu moins de 70 pages. Le chapitre 4 sur les principes de la pensée systémique est un peu décevant. Non que je ne sois d’accord avec les points abordés, comme la non-corrélation entre l’ampleur de l’action et celle du résultat, mais il explique plus le cadre que les fondements. C’est par contre ce que fait fort bien le chapitre 5 en expliquant les boucles de causalités grâce à des exemples simples. L’auteur en profite aussi pour introduire sa notation. Bien vu ! On entre plus avant avec les systèmes archétypaux au chapitre 6. Ils sont clairs et bien expliqués mais demandent certainement un peu de pratique. L’auteur introduit simplement les principaux archétypes : modèle à limitation de croissance et remède symptomatique, le tout bien étayé d’exemples. Cette seconde partie se referme sur un chapitre 7 un peu moins punchy. Mais on en a bien profité.

La 3ème partie fait aussi 4 chapitres, mais couvre 130 pages. Elle couvre les autres disciplines fondamentales (donc en-dehors de la systémique). Le chapitre 8 ouvre le bal avec la maîtrise personnelle. L’auteur y insiste sur la nécessité de maintenir une tension créatrice entre vision et réalité. On frôle le discours de secte quand l’auteur évoque la nécessité de « prendre conscience de notre lien avec le monde », toutefois. Puis c’est de « modèles mentaux » qu’il est question au chapitre 9. C’est un chapitre long, intéressant et complexe, puisant dans la prise de conscience de ce qui guide en réalité nos actions pour nous conduire à une « pratique réflexive » pour mettre nos actions en concordance avec notre pensée !

Le chapitre 10 n’est pas transcendant : la Vision partagée est maintenant une tarte à la crème du management. Ici l’auteur insiste sur la trajectoire de la vision personnelle à la vision partagée. Finalement le chapitre parvient à être loin de la médiocrité. Le chapitre 11 qui clôt cette 3ème partie évoque « apprendre en équipe », ce que nous appelons maintenant l’intelligence collective. L’auteur appuie son propos sur les dialogues et discussions ainsi que l’éradication des routines défensives. Disons que ce n’est pas mon chapitre préféré.

La 4ème partie est mystérieusement intitulée « réflexions à partir de la pratique ». Elle s’ouvre par le chapitre 12, « Les fondations ». A l’image de cette 4ème partie, ce chapitre est un peu stratosphérique. L’auteur propose de se focaliser sur le développement des collaborateurs (à l’image du management agile) et de rendre les organisations… plus organiques ! Ceci en privilégiant les liens faibles entre les collaborateurs plutôt que les solos organisationnels. Le chapitre 13 aborde l’adaptation au changement des entreprises. Bien qu’il s’appuie sur le cas de grandes entreprises, le propos manque de clarté et d’un sens précis. L’idée directrice du chapitre 14 « les stratégies » est de construire des organisations apprenantes, en se basant sur la réflexion après action (ce que nous appelons rétrospective chez les agilistes) et rejoins en bonne partie le PDCA du Lean. L’auteur propose bien une sorte de framework pour cela, mais il n’est pas facile à saisir.

La nouvelle mission du leader est, pour Peter Senge, celle de « concepteur de l’organisation ». Où pour transposer cela en termes de management agile, celle de créateur du cadre. De fait les idées évoquées ici : créer un cadre d’apprenance, permettre aux membres de l’organisation d’être acteurs (et fiers) de leur réussite… tout cela rejoint le management agile, mais sans doute sans aller aussi loin qu’un David Marquet. La citoyenneté systémique évoquée au chapitre 16 nous emporte vers une nouvelle dimension, dont on sent qu’il intéresse d’avantage l’auteur : conflits mondiaux, développements durable, etc… Il est vrai qu’ici la systémique prend tout son sens. Cette 4ème partie se referme vers un chapitre consacré aux « nouvelles frontières », en l’occurrence les nouveaux types de leadership. Un chapitre qui m’a moins convaincu.

La cinquième partie ne contient que le chapitre 18, qui ne fait que quelques pages. Il conclut le livre sur une note philosophique : celles des images des astronautes des missions Apollo, qui donne une perspective sur l’indivisibilité de notre planète et la fatuité des frontières que nous nous sommes fixés.

J’ai beaucoup apprécié ce livre, mais peut-être pas suffisamment pour le porter au pinacle. L’auteur fait clairement très bien le boulot pour développer l’intérêt de la systémique et nous aider à l’appréhender. Le « beer game » constitue un gros point fort à lui tout seul. Peter Senge a voulu mettre beaucoup de choses dans ce livre, surtout des sujets qui lui tenaient à cœur, mais au final ce texte aurait pu compter moitié moins de pages.

La cinquième discipline, par Peter Senge

Référence complète : La cinquième discipline – Peter Senge – Eyrolles 2016 (V.O. : The Fifth Discipline ; Random House Business 2006 ; ISBN : 9781905211203) – ISBN : 978 2 212 55937

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