Note de lecture : Les mots sont des fenêtres, par Marshall B. Rosenberg

Note : 10 ; Quand la CNV se révèle être bien plus qu’une technique de communication et l’auteur nous partager sa propre expérience de ce savoir-être. Book of the year 2017 !

Cela fait maintenant quelques années que je croise la route de coaches me parlant de CNV. Ce livre est le classique de cette technique, et c’est bien ce que je pensais avoir entre les mains : un livre détaillant cette technique. Oui, mais en fin de compte, pas seulement.

Le livre ne paie pas de mine, le format réduit compensant les 300 pages, au total il ne s’agit pas d’une lecture volumineuse. On appréciera le découpage en 14 chapitres qui donne un bon rythme à lecture. Il faut y ajouter préface et épilogue que l’on aurait bien tort d’oublier. Justement, le premier indice est la préface à la seconde édition « les leçons de mon grand-père ». Un titre peu avenant, sauf que le grand-père en question est le Mahatma Gandhi !

Au premier chapitre, on s’attend à trouver une vue générale du processus de la communication non-violente. On y trouve bien une description des 4 composante, mais le titre même du chapitre « l’élan du cœur » donne le ton : c’est d’attitude, de comportements fondamentaux dont il sera question. Le texte est délibérément rédigé à la première personne et fourmille d’histoires personnelles de l’auteur. C’est bien notre cœur que l’auteur veut toucher, et il y parvient.

Au second chapitre « quand la communication entrave la bienveillance », l’auteur nous invite à reconsidérer fondamentalement la manière dont nous communiquons : jugements moralisateurs, projection sur autrui de nos propres besoins, déni de responsabilité. Notre langage est aliénant et non libérateur, comment pourrait-il être bienveillant ? Pour contrer cela, Marshall Rosenberg nous propose d’observer, mais surtout d’éliminer l’évaluation de cette observation. C’est le thème du 3ème chapitre. Le corolaire principal est de s’éloigner des généralités et de circonstancier nos observations.

Exprimer nos sentiments, ce n’est pas notre fort, et certainement pas le mien. C’est pourtant à cela que va être consacré le chapitre 4. Et pour nous y aider, l’auteur n’hésite pas à dresser le vocabulaire des sentiments et aussi à nous proposer des exercices pour reconnaitre l’expression réelle des sentiments. Des outils qui seront utilisé régulièrement au fil des chapitres de manière à nous assurer d’une compréhension concrète du sujet. L’étape suivante est le sujet du chapitre 5 : assumer la responsabilité de nos sentiments, ce qui nous conduit à identifier nos besoins sous-jacents. C’est ce que l’auteur appelle la transition de l’esclavage affectif vers la libération.

Sur la base de nos besoins identifiés, nous sommes maintenant en mesure de formuler une demande capable de satisfaire ces besoins, en restant sincères et sans préjuger des intentions de notre interlocuteur. C’est ce qu’évoque le chapitre 6.
S’il y avait juste un mot à retenir du livre, ce serait : empathie. A tel point que l’auteur y consacre 2 chapitres. D’abord recevoir avec empathie. Nous venons juste de formuler une demande, il semble normal de retourner la faveur. Mais il faut le faire de manière authentique, en écoutant … avec empathie. Permettre à notre interlocuteur de se sentir écouté, de montrer qu’on est là. C’est déjà une part du problème qui disparait. Au chapitre 8, l’auteur insiste encore sur le pouvoir de l’empathie, les situations où elle s’avère décisive, les manières de la matérialiser.

Nous sommes la plupart du temps, nos propres tortionnaires, nous concédant peu de raisons à nos comportements et surtout en identifiant des devoirs là où il s’agit en fait de choix. Dans ce 9ème chapitre, Marshall Rosenberg nous propose d’être plus indulgents avec nous-même, ou plus exactement, d’avantage bienveillants ! La non-violence s’applique aussi à nous-même et se reflète sur notre relation aux autres. Aussi surprenant que cela semble, c’est à exprimer notre colère que le chapitre 10 est dédié. Mais pas n’importe comment : l’auteur nous propose de développer cela en 4 étapes, et surtout de décharger l’autre da responsabilité de notre propre colère.

Le chapitre 11 nous amène une étape plus loin : utiliser la CNV dans la résolution de conflits et la médiation. L’auteur a de (très) solides exemples à partager : médiation Israélo-Palestinienne, entre gardiens de prisons et détenus et entre gangs et policiers. Autant dire que l’on parle d’un niveau de jeu que nous n’aborderons jamais ! En contrepoint, le chapitre 12 évoque l’usage de la force ! Ce recours ne saurait être complètement écarté (cela dépend des contextes, bien sûr) et l’auteur évoque les cas où cela peut s’avérer nécessaire et quels en sont les corolaires.

Le chapitre 13 est peut-être le plus faible du livre : il parle d’utiliser la CNV dans notre relation à nous-même… Enfin le chapitre 14 nous dit comment exprimer notre reconnaissance. L’auteur voit 3 composants au remerciement et il convient aussi d’évoquer la manière de recevoir un remerciement.

J’avais dit que j’évoquerai l’épilogue. Marshall Rosenberg y évoque la source de son inspiration : sa grand-mère, à l’aide de quelques histoires qui valent bien plus que des déclarations, dont les actes montrent qu’elle connaissait la CNV sans jamais l’avoir apprise.

Le texte est fort, par son contenu, la manière très personnelle dont il est écrit. D’une certaine manière, l’écriture même du livre reflète le « savoir-être » CNV de l’auteur, dans une sorte de double écriture. La forme contribue au plaisir de lecture et à la qualité du message, par les histoires, que j’ai évoqué plus haut et aussi les cas pratiques, dialogues construits pour illustrer le propos et les exercices proposés en fin de chapitre. Enfin, la qualité de traduction est au rendez-vous : les traducteurs ont parfaitement retranscrit le propos de l’auteur. Le fait que le titre de l’ouvrage en français ne soit pas une traduction de l’anglais en est la preuve. Il s’agit d’un passage d’un poème de Ruth Bebermeyer. En fait le titre français est je pense meilleur que le livre anglais.

Une lecture définitivement incontournable !

Les mots sont des fenêtres, par Marshall B. Rosenberg

Référence complète : Les mots sont des fenêtres (ou bien ce sont des murs) 3ème édition – Marshall B. Rosenberg – Editions La Découverte 2016 (V.O. : Nonviolent Communication, A language of Life 3rd edt. ; PuddleDancer Press 2015) – ISBN : 978 2 7071 8879 3

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