Note de lecture : Team of Teams, par Stanley McChrystal

Note : 10 ; Une vue holistique inspirante de l’agilité à grande échelle !

Le Général McChrystal fut le commandant en chef des forces américaines en Irak et en Afghanistan à partir de 2003. Ce livre nous raconte comment et pourquoi il a été amené à repenser la structure de fonctionnement de ce détachement militaire face à un ennemi (Al Quaïda en Irak) qui était tout simplement en train de gagner. Mais il ne s’agit pas simplement d’une histoire militaire, en fait il s’agit même assez peu de cela. Il s’agit avant tout de comprendre ce que signifie « s’adapter » au 21ème siècle, pourquoi cela est devenu indispensable, ce que cela signifie et quelles en sont les implications.

Car en réalité, ce que nous appelons « adapter » est souvent au mieux « aménager », car notre façon de pensée est largement imprégnée du réductionnisme direct descendant du Taylorisme, grand vainqueur du 20ème siècle. Le texte de McChrystal tisse de nombreux liens entre le fonctionnement des troupes au moyen-orient et des histoires du passé qui mettent en exergue sous différents angles les limites (voir les dangers) de la pensée réductionniste : le « better, faster cheaper » de la NASA, la gestion holistique des situations d’urgence ou encore les nouveaux entrainements des pilotes de l’aviation civile mettant l’accent sur la collaboration. Il y a encore beaucoup d’autres histoires qui y sont racontées. Car l’ouvrage est avant tout un grand story-telling. Plutôt que de passer les chapitres en revue, je préfère énumérer quelques uns des sujets qui sont évoqués, ce qui ne sera malheureusement pas exhaustif :

  • Rendre les organisations résiliantes : Cela signifie en pratique absorber les chocs que l’environnement nous fait subir, plutôt que de s’enfermer dans une logique d’affrontement. Le terme « antifragile » est apparu pour mettre ce concept en exergue. La résilience s’oppose au déterminisme dans l’acceptation de ce que « l’on ne sait pas ce que l’on ne sait pas ». L’auteur illustre le concept avec la mise en œuvre des digues aux Pays-Bas.
  • La confiance ; Ingrédient essentiel à la constitution d’une équipe. En définitive, elle en devient l’élément de base. C’est avec l’exemple de l’entrainement des SEALs que le livre expose l’importance de cet élément.
  • Les limites de tailles de groupes, et plus particulièrement celle du « nombre de Dunbar ». Ce point est essentiel car il sera l’articulation du fonctionnement du « team of teams ».
  • Le « system thinking » qui s’oppose littéralement au réductionnisme où il est question de ne pas se préoccuper de l’ensemble pour se concentrer sur sa tâche. Ici il est au contraire question de créer une compréhension partagée de l’ensemble de la situation afin que les acteurs eux-mêmes puissent décider de la manière dont ils contribuent à l’effort. C’est ce constat qui a amené McChrystal à transformer le O&I brief en un gigantesque meetup de plus de 1000 personnes ! L’auteur évoque d’ailleurs les fuites d’informations occasionnées par Wikileaks et Edward Snowden. Si sa position à cet égard est sans équivoque, il affirme tout aussi clairement que les gains dus au partage d’information dépassent de très loin les dommages créés par ces fuites.
  • Donner la latitude et les moyens aux membres de l’organisation de prendre les décisions qui s’imposent. Prenant exemple sur le management du Carlton-Ritz, l’auteur évoque la nécessité d’abaisser le barycentre décisionnel : cesser la prise de décision par les niveaux hiérarchiques qui finalement possèdent le moins d’information pour prendre une décision éclairée et retardent cette décision.
  • Penser à haute voix. On retrouve ici l’idée de David Marquet. Plutôt que de partager seulement des conclusions et des avis, il s’agit de partager les réflexions et les raisonnements (ce qui nécessite la confiance entre les membres de l’équipe). C’est toute la dynamique de fonctionnement d’une équipe qui s’en trouve changée.

Je n’ai fait que picorer parmi les thèmes du livre. Le team of teams, ce sont au final deux ingrédients essentiels :

  • Une synchronisation d’un grand nombre de participants à grande échelle.
  • Une multitude d’équipes, où au sein de chacune d’entre-elle, une personne connaît personnellement une personne dans une ou plusieurs autres équipes.

L’apparente simplicité de ces deux principes cache un changement de savoir-être et de cadre que l’auteur développe tout au long du livre. Elle transmet aussi que les liens entre personnes, leur qualité et leur efficacité sont plus importantes que la structure organisationnelle, et que celle-ci doit servir à entretenir ce réseau de relations.

Pour seuls défauts, je dirais que le texte emploie parfois un vocabulaire inusité ce qui complexifie un peu la lecture. L’impression de la version papier emploie aussi une police de caractère trop petite à mon goût (et surtout à ma vue) ce qui est un peu inconfortable.

Pour le reste, vous aurez compris que je considère cette lecture comme indispensable !

Team of Teams

Référence complète : Team of Teams – Stanley McChrystal – Portfolio Penguin 2015 – ISBN : 9780241250830

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