Note de lecture : The Principles of Scientific Management, par Frederick Winslow Taylor

Note : 6 ; Loin d’être aussi stupide qu’on aime à le laisser penser…

Quand on parle « Taylorisme » ou plutôt management scientifique, de son vrai nom, on pense aux temps modernes, à l’abrutissement du travailleur. Mais finalement, ce n’est pas si simple et cette pensée doit être remise dans son contexte. Et surtout il faut lire le texte original de l’auteur qui recèle des informations qui ont ensuite été éludées.

Et pourquoi s’en priver ? L’ebook est disponible gratuitement chez Amazon et le texte n’est guère long, il ne compte que 70 pages ! L’auteur ne rentre pas réellement dans le détail de la mise en œuvre du « scientific management » (qu’il oppose à la gestion par initiative et incitations), en fait il a même tendance à se répéter. Par contre il décrit plusieurs expérimentations sur la mise en place, parfois avec des dialogues cocasses (je recommande la page 19) ! Le style ne l’est cependant généralement pas, le texte accuse plus d’un siècle et cela se voit, surtout quand l’auteur parle de lui-même à la 3ème personne ! L’opuscule ne compte que 2 chapitres.

Le premier chapitre « fundamentals of scientific management » est court, il ne compte que 11 pages. Il pose les postulats de l’application de sa méthode. Il est intéressant de les rappeler, car ils sont souvent éludés et ne s’appliquent de toute manière pas aux « travailleurs du savoir » que nous sommes.

  • Les besoins à satisfaire chez les travailleurs sont les besoins basique de « sécurité », c’est à dire ceux du 1er niveau de la pyramide de Maslow. On ne parle pas d’épanouissement, par exemple. Une meilleure rémunération est tout ce qui est attendu.
  • Le travail considéré est « simple » : il est répétable, mesurable et décomposable. C’est d’ailleurs de l’analyse et de l’optimisation des tâches que proviennent les gains du scientific management.
  • Le travailleur n’a pas l’intelligence nécessaire (« stupide » selon Taylor) pour savoir comment être efficace dans son travail, ni même en fait ce qui est bon pour lui ! D’ailleurs il cherche à tirer au flanc autant que possible…

Les fondamentaux posés, le chapitre 2 s’attaque aux principes. Ils sont mis en perspective par rapport à l’approche « initiative and incentive » et sont illustrés par plusieurs études de cas, y compris une où l’application du scientific management était jugée « impossible ». Les principes sont les suivants :

  • Une étude minutieuse et scientifique des tâche à faire associée à une sélection rigoureuse des travailleurs dont l’aptitude corresponds le mieux. Cette étude est menée par le management, seul apte à réalisé ce travail car ayant la capacité intellectuelle pour cela.
  • Un management qui est en charge d’enseigner et contrôler la bonne application de la réalisation des tâche déterminée. C’est lui aussi qui contrôle le rendement et collecte le feedback quand des améliorations supérieures se font jour.
  • Un partage des gains financiers réalisés entre le management et les travailleurs.

On voit que si cette approche n’a jamais été adaptée aux travailleurs intellectuels, elle ne l’est plus aujourd’hui au monde ouvrier. Il n’en reste pas moins que le management scientifique a été probablement le progrès le plus important du 20ème siècle, celui qui a projeté l’occident vers la révolution industrielle.

L’approche de Taylor est par certains égard dure, parfois inhumaine. L’auteur est aussi vrai capitaliste qui croit dans la croissance illimitée (mais au début du 20ème siècle cela peut avoir du sens). Mais son approche, quand on la considère dans son ensemble n’a pas le goût de stupidité qu’on essaie de lui donner quand on présente cette approche de manière déformé. En fait, l’exemple donné sur l’étude de la coupe du métal est remarquable et s’applique encore largement de nos jours.
Je ne me ferais pas le défenseur du Taylorisme, mais cette lecture me semble à recommander, au moins pour savoir mettre en perspective les approches modernes.

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Référence complète : The Principles of Scientific Management – Frederick Winslow Taylor – Aeterna 2011 (Kindle edt. ASIN : B0082Y8IWS) – ISBN : 978-1444432312

Harry Potter and the Goblet of Fire (Harry Potter, #4)

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Note de lecture : Business Process management with JBoss jBPM, par Matt Cumberlidge

Note : 3 ; Ciblant l’analyste, un ouvrage trop superficiel et d’avantage focalisé sur le processus de réalisation que sur l’outil ! Dommage.

Difficile de faire autrement que de comparer ce livre à son pendant adressant OSWorkflow ! Même type d’ouvrage, même éditeur et même taille, l’auteur du premier est même relecteur du second. Bref, deux ouvrages courant dans la même catégorie ! Mais autant j’ai été accroché par le premier, autant j’ai été déçu par celui-là. Explications.

En réalité, dès le départ, on s’aperçoit que cela va être difficile : le premier chapitre n’évoque guère jBPM en guise d’introduction. On y évoque plutôt le processus d’analyse et de modélisation. Va pour les 20 premières pages.

Le second chapitre évoque de manière plus détaillée le processus de modélisation du BPM à l’aide d’une étude de cas ici introduite. Ce livre n’étant pas réellement un ouvrage de BPM, le traitement de ce sujet est quelque peu léger, sinon naïf. Et l’on est arrivé page 52 (sur 200) et toujours pas de jBPM à l’horizon.

On en parle enfin au chapitre 3, où tout le processus d’installation et de configuration est détaillé, un peu trop à la façon « pour les nuls » à mon goût. Mais on finit quand même par aborder le sujet qui m’intéresse ici en premier lieu, c’est-à-dire jPDL (on est quand même page 74). Au final nous avons quand même droit ici à 25 pages de matière réellement pertinente.

Le chapitre 4 évoque l’interface utilisateur, c’est-à-dire les formulaires JSP que l’on peut construire directement sur la plateforme jBPM.

Le chapitre 5 revient sur le leitmotiv des auteurs : le processus de développement. Nous avons toutefois droit à 7 pages particulièrement intéressantes sur l’intégration de systèmes : juste de quoi nous mettre l’eau à la bouche, mais clairement pas assez pour nous délivrer une information pertinente et utilisable !

Le chapitre 6 « proof of concept implémentation » noie pas mal d’informations importantes sous couvert de processus de développement (encore lui), mais sont toutefois évoqués : configuration, déploiement et même monitoring et BAM avec la plateforme SeeWhy. Ce dernier volet est tout à fait intéressant, à la fois par l’évocation de SeeWhy que par le fait que l’intégration en est bien décrite.

Le dernier chapitre sur le « process improvement » n’est que du bla-bla, oubliez-le.

Bref, ce livre est une grosse déception, je n’y aie trouvé que 50 à 60 pages d’informations utiles. D’un autre coté je n’ai pas ici une couverture complète du sujet me permettant de jauger si cet outil correspond à mes besoins. Je doute que vous-même y trouviez votre bonheur.

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Référence complète : Business Process management with JBoss jBPM, a practical Guide for Business Analysts – Matt Cumberlidge – Packt publishing 2007 – EAN: 9 781847192 36 3

Business Process Management with Jboss Jbpm

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Note de lecture : Commitment, par Olav Maassen, Chris Matts & Chris Geary

Note : 8 ; Un livre sérieux n’a pas besoin d’être ennuyeux !

Cela ne va pas être facile de faire une note de lecture sur ce livre-ci. Il est hors-norme. Déjà par sa genèse, car il a été financé en crowd funding (cela doit expliquer pourquoi mon exemplaire est numéroté « 854 sur 2000 » à la main). Et surtout parce qu’il s’agit d’une bande-dessinée ! Dans ces conditions, inutile d’essayer de comparer les 216 pages découpés en 7 chapitres à une quelconque littérature informatique classique.

En ce qui me concerne, ce format hors norme m’a rendu la lecture facile et plaisante, et j’ai avalé la prose en 2 jours sans faire du temps plein. J’ai trouvé qu’il valait le coup de se refréner pour savourer, un peu comme avec une boite de chocolats…

Commitment nous parle des « options réelles ». Une approche directement transposées des produits financiers. Plutôt que de nous exposer le sujet de manière académique (à ce point, vous avez probablement compris que le livre n’est absolument pas académique), les auteurs nous racontent une histoire. L’histoire de Rose Randall qui a suivi son manager dans un projet « death march » où elle fait un travail clérical qui l’absorbe jour, nuit et week-end. Puis son manager se fait virer et elle doit reprendre le flambeau ! A cet endroit commence le parcours initiatique de Rose auprès de sa sœur Lilly. Les options réelles nous apprennent à faire face à l’incertitude en préparant différents plans, à reconnaître leur nécessité et finalement … s’apercevoir que les options sont partout ! Bien sûr les options n’arrivent pas seules mais sont enrobées dans le mindset agile : transparence, kanban, 100% done, etc…

Bien que l’ouvrage se concentre sur ‘aspect « story telling », l’histoire est entrecoupée d’extraits fictifs du journal de Rose Randall ou de blog posts de Rose, de sa sœur Lilly ou d’autres. Ils nous permettre en 2 ou 3 pages de prendre un peu de recul sur ce que nous avons vu et de solidifier quelque peu ce que nous avons vu. Bonne idée. Toutefois cela ne transforme pas la nature du livre, ce n’est de toute façon pas l’idée.

Dans le cas présent, il nous faut ne manière exceptionnelle évoquer le volet artistique. Quand il s’agit de bande dessinée, je me déclare à 100% adepte de l’école Belge. Bien sûr, on me dira qu’il ne s’agit pas d’une école mais d’un ensemble de courants. Disons que c’est plutôt par opposition au(x) style(s) américains, ce qu’on appelle de manière un peu trop réductrice les comics. Malgré l’origine européenne des auteurs, l’inspiration est sans contestation possible américaine. Aussi bien par le style graphique aux contrastes très prononcés (je dirais d’inspiration Milton Caniff) bien que le style soit quand même (heureusement) plus épuré. Les angles de vue et le déroulé parfois un peu haché de l’histoire donnent une ambiance à la Raymond Chandler. Cela nuit un peu à la fluidité de l’histoire par rapport à la fluidité des bandes dessinées belge. Mais la construction de l’histoire étant de bonne facture, ça le fait, comme on dit.

Aussi bien par sa substance, qui vous offrira un outil extrêmement précieux dans vos projets que par son style hors norme, je ne peux que recommander ce livre. A moins que vous ne fassiez une allergie absolue aux bandes dessinées…

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Référence complète : Commitment – Olav Maassen, Chris Matts & Chris Geary – Hathaway te Brake Publications 2013 – ISBN : 978-90-820569-0-7 (1st printing ; exemplaire 854 / 2000)

Commitment

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Note de lecture : SQL Server DMVs in Action, par Ian W. Stirk

Note : 5 ; Plus centré sur des cas d’utilisation que sur l’exploration des possibilités des DMVs

Les « dynamic management views » ou DMV constituent la mécanique permettant d’interroger SQL Server sur son comportement, les optimisations possibles. Elles sont une source d’information extrêmement précieuse pour améliorer les capacités de SQL Server en production ! Un livre consacré à cette mine d’information était donc susceptible d’élargir mon horizon sur l’exploitation de SQL Server.

J’ai hélas été déçu par l’approche empruntée : Au lieu d’explorer de manière systématique et organisée les possibilités offertes par les DMVs, les auteurs ont orienté leur approche sur les cas d’utilisation. Cette approche n’est pas mauvaise en soi, car elle a l’avantage du pragmatisme : vous recherchez comment optimiser les temps d’attente ? L’un des cas d’utilisation et le script associé en parlent ! Vous voulez améliorer l’indexation des tables : idem ! Par contre, difficile de dire si l’on a laissé de côté des informations plus exotiques mais qui pourraient s’avérer intéressantes. On n’a pas une très bonne idée de ce que l’on a couvert ou pas une fois la lecture terminée.

Concernant les sous-ensembles couverts, certains ne le sont pas, comme les DMVs liées à Service Broker, alors que les DMVs de la CLR le sont ! Un curieux choix éditorial. Dois-je préciser que j’ai hardiment sauté la partie consacrée à la CLR.

Parmi les choses intéressantes, on notera les recettes de cuisines pour l’exploitation des DMV, comme l’utilisation des doubles snapshots pour faire de la synthèse soustractive de valeurs.

Bref, le livre me laisse un peu sur ma faim, bien que beaucoup de matériel soit largement et directement exploitable. On notera aussi que cette approche par les cas d’utilisation correspond parfaitement à la philosophie de la série « in action » de l’éditeur.

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Référence complète : SQL Server DMVs in Action : Better queries with dynamic management views – Ian W. Stirk – Manning 2011 – ISBN : 978 1 935182 73 3

SQL Server DMVs in Action

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Note de lecture : IT Gouvernance, par Frédéric Georgel

Note : 7 ; Une très honnête introduction au sujet.

Si il est un sujet qui a le vent en poupe, c’est bien la gouvernance du SI ! Surfant sur cette nouvelle popularité, ce livre a pour but de nous en révéler tous les aspects. Et très franchement, je ne pense pas que ce livre puisse faire de nous le gourou de la gouvernance, mais il atteint très honorablement son but. Avec beaucoup de simplicité, il nous expose les domaines clés de la gouvernance IT et nous en explique les grandes lignes :

  • L’alignement sur la stratégie
  • Le management des ressources et des infrastructures
  • La gestion de la gouvernance et des ressources humaines
  • La maîtrise des risques sur le plan technologique et structurel
  • La gestion de la performance des services délivrés
  • Contrôle et audit des processus et des systèmes
  • Valeur économique des ressources informatiques
  • Maturité des infrastructures et des processus

Si la première partie nous dresse un sympathique contexte historico-culturel de l’émergence de la gouvernance IT (qui eut cru à l’importance du Colt 45 dans la façon d’appréhender l’égalitarisme pour nos voisins américains), les sujets évoqués ci-dessus font l’objet du seul chapitre 2. Et quel chapitre ! Il fait plus de 100 pages, donc plus de la moitié du livre ! C’est l’un des quelques reproches que je puis faire à cet ouvrage, par ailleurs moins sujet aux reproches récurrents que je peux faire à la qualité éditoriale des livres Dunod.

La troisième partie est dédiée à l’introduction aux 2 célèbres référentiels de la gouvernance IT : les incontournables ITIL et Cobit ! C’est bien sûr une excellente idée, mais hélas j’ai trouvé cette introduction confuse (même si un chapitre est consacré à chacun des référentiels). Peut-être devrais-je leur accorder une seconde lecture ?

En bref, je n’ai pas été déçu, ayant terminé les 180 pages du texte, j’ai la sensation de comprendre le sujet, sinon de la maîtriser. Je dois dire en outre, qu’il y a pas mal de références externes, et que le style de l’auteur, sans être extraordinaire nous fait grâce du style pédant qui est souvent la marque de fabrique des ouvrages français. On attend de l’auteur qu’il donne son avis et prenne position : il le fait !

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Référence complète : IT Gouvernance, maîtrise d’un système d’information – Frédéric Georgel – Dunod 2005 – ISBN : 2-10-008312-0

IT Gouvernance, maîtrise d’un système d’information

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Note de lecture : Grace Hopper and the invention of the information age, par Kurt W. Beyer

Note : 7 ; Le souffle épique allié à la rigueur académique pour cette biographie passionnante.

Une biographie d’une des figures majeures de l’informatique publiée aux MIT press : on est en droit de s’attendre à un texte plutôt aride. C’est loin d’être le cas. Nous allons voir cela ensemble. Mais commençons par le commencement.

Cette biographie compte 320 pages, mais comme il s’agit d’un format « roman », le volume de texte est moindre que l’équivalent en livre informatique. L’équivalent serait de 250 pages, je pense. Le tout est découpé en 12 chapitres.

Le premier chapitre « the myth of the amazing Grace » est aussi le plus difficile à lire. Il est un peu en marge de la biographie elle-même. L’auteur y analyse avec le recul l’impact de l’amirale sur l’histoire de l’informatique et ce qui l’a conduit à mener ce travail de recherche. Il évoque la rationalisation et la démystification de son travail. La motivation est donc là : faire un travail de reconstruction objectif documenté et argumenté. Après cette lecture (et le peu de connaissance de l’histoire de Grace Hopper que j’avais alors), je dois dire que l’effet obtenu est tout à fait l’inverse !

Le second chapitre « The rebirth of Grace Murray Hopper » débute réellement la biographie. Il passe plus que rapidement sur les premières années de sa vie pour réellement débuter avec ses études de doctorante, puis de professeure en mathématique. Ceci, c’est pour la première partie du chapitre. Elle s’articule sur la seconde : son engagement dans la Navy et sa rencontre décisive avec le commandant Howard Aiken.

« The origin of computer programming », le troisième chapitre du livre et aussi le plus long ne se résume pas en quelques mots. L’auteur nous fait revivre les instants que ont amené Grace Hopper à créer et définir le métier de programmeur et même la découverte du premier bug ! C’est aussi l’histoire des obstacles qu’il a fallu surmonter, de la façon dont Grace Hopper a gagné le respect et la confiance de son supérieur dans un environnement extrêmement militaire et misogyne.

Après le guerre, de nouveaux défis attendent Grace Hopper, d’abord comme moteur du laboratoire de calcul d’Harvard puis comme animatrice des premières communautés de développeurs. Les chapitres 4 et 5 couvrent ces périodes.

Le symposium de 1947 sera l’occasion de faire germer une idée qu’elle portera malgré l’hostilité des développeurs : la conception de langages de haut niveau et le développement d’un compilateur. C’est dans les années 60 que la carrière de Grace Hopper atteindra son point culminant en dirigeant de main de maitre le comité à l’origine du Cobol.

L’ouvrage se veut sans concession, aussi bien sur les défauts et les faiblesses de celle que l’on pourrait considérer comme l’héroïne de cette biographie, que les qualités le travail et la persévérance dont a su faire preuve Grâce Hopper. Tout en gardant la rigueur académique exigée par l’exercice, l’auteur fait passer le souffle épique d’une période particulière : celle de la naissance de l’informatique par l’une des plus grandes figures, sinon la plus grande, de cette époque.

Une lecture parfois difficile, mais souvent éclairante et passionnante qui témoigne d’une époque.

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Référence complète : Grace Hopper and the invention of the information age – Kurt W. Beyer – MIT Press 2012 – ISBN : 9780262517263

Grace Hopper and the Invention of the Information Age (Lemelson Center Studies in Invention and Innovation series)

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Note de lecture : Fearless Change, par Mary Lynn Manns & Linda Rising

Note : 5 ; Où l’on apprend quand même quelques trucs intéressants chemin faisant d’une lecture quand même un peu poussive…

Impulser, réussir et maintenir des changements de pratique ou de culture dans une entreprise est une mission difficile. En fait, cela rate dans la très grande majorité des cas. Les auteurs de langage de patterns (car c’est de cela que l’on parle) ont mené un long et minutieux travail de collecte d’informations, d’interviews et de revue pour produire ce livre. En fait, j’en fus même un peu le témoin car une partie du travail de revue se fit lors de la conférence PLOP 1999 à laquelle je participais (mais pas dans le même groupe de travail).

Pour moi, la mauvaise nouvelle est que ce livre partage les mêmes problèmes que presque tous les livres basés sur des langages de patterns : ils font des livres peu plaisant à lire. En effet, en lecture linéaire, c’est un peu comme lire le catalogue de la redoute. Ca se fait mais il faut être pas mal motivé. Pour en terminer sur la forme, on notera que les patterns présentés utilisent la forme Alexandrienne, donc la forme dite « classique ». C’est un peu comme, en poésie, composer son œuvre en Alexandrins (mon humour est décidément trop fort pour moi !). La taille de chaque pattern varie entre 2 et 8 pages, approximativement.

Après la forme, le fond. Les 250 pages de l’ouvrage sont découpées en 3 parties très inégales. La première partie est assez classique. Elle compte 85 pages et est constitué de 12 chapitres qui sont donc tous très courts.

Après une courte introduction au changement et aux patterns, les chapitres 3 à 12 introduisent les patterns par nature d’usage, c’est à dire en les regroupant par demi-douzaine environ en utilisant la technique du story-telling. Cela rend ces courts chapitres plaisants à lire, mais ils me donnent aussi l’impression fugace de ne pas rentrer au cœur de l’action.

La seconde partie « expériences » est très courte avec ses 14 pages qui présente succinctement quelques cas d’usages (4 en tout) des patterns qui seront ensuite présentés en indiquant la stratégie de mise en œuvre de ces différents patterns. C’est très abstrait, d’autant qu’à ce stade on n’a pas encore passé en revue les patterns en question.

La 3ème partie est de loin la plus volumineuse, elle est la substance du livre : 49 patterns couvrant près de 150 pages classés par ordre alphabétique. Bien sûr, impossible (et inutile) de les lister ici. Voici quelques uns de mes préférés :

  • Brown Bag : Pour créer un environnement propice et ouvert aux idées innovantes dans un climat détendu.
  • Do Food : Encore de la nourriture ! C’est un moyen propice pour transformer le climat d’une réunion et en faire un événement festif !
  • External Validation : Lorsqu’une idée est difficile à faire passer… et qu’elle est mieux écoutée si elle adoubée par quelqu’un d’autre.
  • Local sponsor : Aider l’introduction du changement avec le support d’un manager local.

Bien sûr, il y a d’autres patterns qui m’ont plu. D’autres m’ont paru naïf ou même simplement inutiles. Je pense par exemple à :

  • Just do it : Mettre en œuvre les changements pour pouvoir en parler. Hum !
  • Just say thanks : Ne pas oublier à remercier ceux qui vous ont aidé. Sans blagues ? Heureusement que j’ai un pattern pour ça…
  • The right time : Penser à choisir le moment propice pour mettre en place une action ou parler de quelque chose. Ouais…

Les langages de pattern font rarement des lectures palpitantes. Je l’ai dit au début. Et ce bien que je me considère depuis longtemps comme un aficionado des patterns. La forme Alexandrienne favorise les patterns très courts et limités précisément à une seule idée. Suivant ce cheminement il était inévitable de finir avec un nombre important de patterns, d’où la nécessiter de les « clusteriser » comme cela a été fait en première partie du livre, et c’est évidemment une bonne idée.

Hormis le côté un peu rébarbatif de la lecture façon patterns, la succession des patterns passés en revue me les a fait classer en 3 catégories :

  • Les patterns creux, voir vide de sens.
  • Ceux qui m’ont semblé « juste OK ».
  • Ceux qui ont soulevé un point intéressant, à garder en mémoire pour l’avenir.

La plus large population est la seconde. Sans rendre la lecture désagréable, ils ne donnent pas une substance particulière au livre, tandis que la première catégorie fait un peu « bouche trou ». C’est évidemment la troisième catégorie qui fait le véritable intérêt du texte, et cela concerne une douzaine de patterns, dirais-je. On m’avait dit le plus grand bien de livre, voir plus, et cet écho m’est venu de diverse directions. C’est peut-être pour cela que le texte m’a laissé un arrière goût de déception. Mais cela ne doit pas forcément être votre cas.

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Référence complète : Fearless Change, Patterns for introducing new ideas – Mary Lynn Manns & Linda Rising – Addison Wesley 2005 – ISBN : 978-0-201-74157-5

Fearless Change: Patterns for Introducing New Ideas

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Note de lecture : La Revanche du Rameur, par Dominique Dupagne

Note 7 ; Des maux inhérents aux hiérarchies du pouvoir à la médecine 2.0

Dominique Dupagne est une figure de la médecine 2.0 en France, on pouvait s’attendre à le voir concocter un livre sur ce sujet. Oh bien sûr, le texte rejoint son sujet de prédilection à un moment donné. Pourtant ce n’est pas le sujet principal de l’ouvrage. Ce livre traite de l’oppression des hiérarchies et plus précisément de l’oppression des hiérarchies des mâles dominants (les femelles étant épargnées par cette quête absurde du pouvoir).

Ce livre a donc trait au fonctionnement de nos sociétés et de nos organisations, ou plutôt de leurs dysfonctionnements. Car l’auteur nous révèle que cette structure pyramidale recèle en elle les germes de sa propre destruction. Mais à ceux qui prétendent que ce fonctionnement n’est pas naturel, Dominique Dupagne nous assène qu’au contraire cet ordre des choses est profondément ancré chez les primates : le mâle pouvant, par sa nature, prétendre à une descendance « illimitée » (ce qui n’est pas le cas des femelles), il s’ensuit une compétition pour la domination ouvrant l’accès aux femelles et à la nourriture. Les arcanes du pouvoir actuel sont une directe incarnation des primates que nous fûmes il y a plus d’un million d’années. Remplaçons la nourriture par l’argent et les femmes par … eh bien toujours les femmes ! Et ce modèle se réplique partout : dans l’entreprise et même les associations ! L’homme a peut-être évolué, mais ses comportements fondamentaux sont toujours au point mort.

L’auteur illustre abondement les fruits de cette organisation : déshumanisation, « standardisation » absurde, systèmes de contrôle qualité sans finalité cohérente (ou sans finalité du tout, d’ailleurs). Bien sûr le monde de la médecine sert abondement à illustrer le propos, avec les dysfonctionnements du système hospitalier, par exemple. Mais aussi par le lobbying des laboratoires, comme dans l’affaire du Mediator qui est largement décortiqué dans ces pages.

Face à ce constat sévère, la seconde partie fait contrepoint : c’est la recherche des solutions. Et pour trouver des solutions, il faut bien comprendre le problème. L’auteur commence par un parallèle avec le système immunitaire qui, loin de concevoir des solutions complexes fonctionne par adaptabilité et convergence. C’est un mode de fonctionnement qui a trait aux systèmes complexes. Et c’est bien de cela dont nous parlons ! La voie qu’explore Dominique Dupagne (et qui nous rapproche de la médecine 2.0) est celle des réseaux sociaux, la force de la connaissance répartie chez les acteurs d’une communauté à comparer à celle d’une élite qui prétendrait détenir la vérité.

Sur ces points, l’enthousiasme de l’auteur me semble exagérer, et bien qu’il se défende de faire, comme il dit, une hagiographie de Google, c’est tout de même ce qu’il fait. Le paysage qu’il dépeint semble idyllique, alors qu’il est loin de l’être ! Maintenant, on ne peut reprocher à l’auteur de défendre ses idées, voir ses croisades : celle d’un Web 2.0 qui pourrait mettre fin aux hégémonies des hiérarchies au pouvoir !

La troisième partie est consacrée au « futur qui marche », où comment on peut trouver aujourd’hui les prémices d’une solution effective. La première qu’énonce l’auteur me fera nécessairement plaisir : il s’agit de l’agilité (et aussi de l’open-source). Les prémices plus éloignées ont trait à la restructuration de l’entreprise et à l’importance de ce que l’on appelle souvent les « liens faibles ». Il s’agit de dynamiques d’entreprise différentes promues entre autre par le Stoos Network. J’aurais pensé que Dominique Dupagne aurait évoqué le sociocratie à plus long terme, mais il a préféré évoquer l’hétérarchie.

Suivre le propos de l’auteur n’est pas évident, surtout au début de l’ouvrage où l’on ne comprend pas vraiment où il veut nous emmener. Mais tout comme il est un orateur hors pair, Dominique Dupagne écrit très, très bien ! Au final le livre n’est pas seulement riche d’enseignement et d’informations. Il est passionnant, éclairant et inspirant. Bref, lisez-le !

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Référence complète : La Revanche du Rameur – Dominique Dupagne – Michel Lafon 2012 – ISBN : 978-2-7499-1587-6

Harry Potter and the Goblet of Fire (Harry Potter, #4)

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Note de lecture : OSWorkflow, par Diego Adrian Naya Lazo

Note : 7 ; Un tour d’horizon clair concis et efficace

Est-il possible de faire un tour d’horizon introductif d’OSWorkflow en moins de 200 pages ? De toute évidence : oui, et cela sans faire particulièrement de concessions au sujet traité. Cet opuscule est en effet découpé en 8 chapitres, chacun focalisé sur une facette précise.

Le premier chapitre, comme il se doit traite de la vue d’ensemble d’une SOA animée par un moteur d’orchestration et de la vue de cette architecture par le WfMC. 20 pages suffisent à cela.

Le second chapitre nous donne déjà toutes les clés sur les capacités d’OSWorkflow en nous présentant les éléments les plus importants de la définition d’un workflow avec OSWorkflow et comment le tester !

A partir du chapitre 3, on rentre dans des aspects plus pointus : écrire du code Java qui s’interfacera avec le moteur de Workflow ! Les choses sont exposées simplement et progressivement, on n’est jamais perdu.
Le chapitre 4 termine les aspects applicatifs généraux en évoquant l’intégration du moteur au sein d’une application.

C’est à partir du chapitre 5 que sont traités les aspects avancés. Ils ouvrent de nouvelles perspectives et sont rafraichissants sur ce point. Le chapitre 5 (justement) est un bon essai en ce sens, mais tout en donnant une bonne idée sur ce qu’est l’intégration d’un moteur de règles, il n’est guère convaincant. Et quitte à parler Open-Source, pourquoi ne pas avoir plutôt évoqué Jess ?

L’intégration de Quartz, évoquée au chapitre 6 est plus intéressante, car elle permet d’imaginer des architectures non seulement basées sur des workflows, mais également asynchrones . Là encore les exemples sont suffisamment simples et complets pour donner une bonne idée de la chose.

J’ai particulièrement apprécié le chapitre 7 et son traitement des CEP (complexe events processing) avec ESPER. C’est en fait la première fois que je vois évoqué concrètement la mise en œuvre de ce concept. Bravo !

Le chapitre 8 est un peu l’inattendu de cet ouvrage, puisqu’il ne traite rien de moins que le BAM ! L’implémentation est faite avec Pentaho BI (qui est plutôt une suite qu’un framework Open-Source), mais l’ensemble est convaincant.

Voici donc un opuscule qui remplit globalement ce que l’on attend de lui : un tour d’horizon du moteur de workflow, avec des exemples. Il vous sera incontestablement utile si vous souhaitez mettre en œuvre OSWorkflow, mais seulement au début, car il limite ses ambitions aux aspects introductifs, ce qui constitue le point faible du livre.

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Référence complète : OSWorkflow, a guide for Java developers and architects to integrating open-source Business Process Management – Diego Adrian Naya Lazo – Packt Publusing 2007 – EAN : 978 1 847191 52 6

Osworkflow: A Guide for Java Developers and Architects to Integrating Open-Source Business Process Management

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Note de lecture : Software in 30 days, par Ken Schwaber & Jeff Sutherland

Note : 3 ; Déçu, déçu, déçu et anachronique !

Jurgen Apello a qualifié ce livre de « poorly writen marketing brochure ». Je dois avouer que cela résume bien le livre. Pourtant, je me réjouissais d’avoir enfin un texte co-écrit par les 2 créateurs de la méthode, mes attentes étaient donc élevées, c’est certain. Voyons ce qu’il en est.

Le livre est bref : 125 pages (rajoutons les 3 très volumineuses annexes qui comptent tout de même 60 pages), sur 10 chapitres rassemblées en 2 sections. C’est du John Wiley, le papier est dégueulasse, c’est une habitude chez cet éditeur. En fait, ça commence même mal dès la couverture : qui fait encore du Scrum sur 30 jours ? Les auteurs sont restés campés sur leur position vieille de 20 ans (pour être précis). Le monde a changé entre temps, ils ont choisi de décider que le monde avait tord et que la Vérité promulguée il y a 2 décennies était inaltérable. En tout cas, cela ressemble à ça.

Long d’un peu plus de 50 pages et fort de 4 chapitres, la première section défends l’idée que toutes les organisations peuvent produire du logiciel… en 30 jours (encore !). Les 13 pages du 1er chapitre introduisent la « crise du logiciel ». C’est l’introduction classique à l’agilité. L’intérêt ici, c’est de s’appuyer sur des études datant de 2011 au lieu de la classique étude du Standish group de 2002 !

Au chapitre 2, on s’intéresse à l’essence de Scrum : l’empirisme. Un propos que j’ai l’impression d’avoir déjà lu il y a 10 ans dans les ouvrages précédents de Ken Schwaber. Plus pathétique encore : comparer cette approche au Waterfall. Sans doute il y a-t-il encore un peu de Waterfall sur des projets dans des coins, mais que diable, nous sommes en 2013 !

Après l’introduction, la mise en œuvre. Le chapitre 3 nous propose de choisir un projet pilote pour mettre en œuvre Scrum. C’est à mon avis un anachronisme de plus, car si ce concept pouvait exister il y a 10 ans, aujourd’hui les projets qui ne sont pas critiques ne sont simplement pas faits. Seule bonne nouvelle : le chapitre est court.

Cette première partie s’achève sur un court chapitre de 8 pages qui pose et investigue la question : quelle est la prochaine étape ? C’est une introduction à la seconde partie.

Cette seconde partie, justement, compte 70 pages sur 6 chapitre. Elle débute par le chapitre 5 qui présente les grandes lignes du framework Scrum. Le grand moment de rigolade de ce chapitre, c’est quand les auteurs prétendent que la majorité des mises en œuvre de Scrum se font avec des durées de 30 jours et que la réduction de cette durée à 2 semaines n’affecte que de façon très marginale les durées des meetings de début et fin d’itération. C’est ce qu’on appelle être bien à côté de ses pompes !

Le chapitre 7 nous présente le « studio Scrum ». C’est peut-être le chapitre le plus intéressant du livre, sans qu’il soit non plus transcendant. Mais au moins on parle un peu sérieusement de la « definition of done », par exemple.

Les chapitres 8 et 9 évoquent Scrum au niveau de l’entreprise. Cela reste dans la même veine que l’Enterprise Scrum de Ken Schwaber, rien de nouveau et c’est nettement plus superficiel.

Enfin le chapitre 10 nous parle de cycles d’amélioration de Scrum. Là encore un propos qui fait double emploi avec la prose de Agile Project Management with Scrum de Ken Schwaber.

Le Scrum Guide de l’annexe B est celui disponible en ligne. OK, cela occupe au moins un peu de place. Le « playbook » de l’annexe 3 est plus originel, quoiqu’il date de 2005 !

Ce livre est une grosse déception à de nombreux niveaux. Clairement j’attendais mieux des créateurs de la méthode. Le propos est très superficiel, et même carrément marketing. Je m’attendais à y voir les tripes des auteurs, y sentir des choses profondément ancrées : rien. Le seul intérêt que je peux voir est l’usage exclusif des termes et concepts originaux de Scrum. Ainsi on y parle exclusivement de « product backlog items (PBIs) », là où il semble admis un peu partout de parler de user stories… le retour aux fondamentaux n’est pas nécessairement un mal partout.

S’il n’y a pas de raison à bouleverser le framework Scrum, le propos n’a pas non plus changé d’un iota. Un certain nombre de points souvent dogmatiques sont toujours là et présentés comme indiscutables. Pourtant ils peuvent l’être ou être anachroniques, tel la durée des sprints sur 30 jours (ce que je n’ai ni pratiqué, ni jamais vu pratiqué). Un livre que je déconseille très fortement à tout le monde. Les bons livres sur Scrum existent. Ailleurs.

Référence complète : Software in 30 days – Ken Schwaber & Jeff Sutherland – John Wiley & sons 2012 – ISBN : 978-1-118-20666-9

Software in 30 Days: How Agile Managers Beat the Odds, Delight Their Customers, And Leave Competitors In the Dust

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