Note de lecture : The Delicate Art of Bureaucracy, par Mark Schwartz

Note : 3 ; Sans queue ni tête (ou peu s’en faut)

Avec Mark Schwartz, on ne sait jamais vraiment où on va atterrir ! Le titre a-t-il seulement un rapport avec le contenu ? Mystère ! Dans cet ouvrage il doit être question comme son nom l’indique de bureaucratie. Le pédigré de l’auteur en fait de facto une personne particulièrement compétente sur le sujet, du moins concernant l’administration américaine. Mais une bureaucratie, c’est une bureaucratie…

Le présent ouvrage compte 15 chapitres, également répartis sur 3 parties pour un total de 210 pages. L’auteur doit aimer les rythmes réguliers, car la première partie « digital transformation and bureaucracy » compte 70 pages pour ses 5 chapitres. Comme à son habitude, l’auteur commence par un premier chapitre plutôt brouillon. Ou plus exactement, il donne l’impression d’écrire davantage pour lui-même que pour le lecteur. L’élément à en retenir est l’introduction de Max Webber dont la pensée sociologique va guider le propos développé ici. Au chapitre 2, il semble qu’il sera question de Chaos Monkey. Mark Schwartz a du changer d’avis une fois le titre écrit. L’élément saillant de ce chapitre est l’évocation du « paper reduction act », dont nous apprendrons plus tard que son impact fut en fait d’augmenter le volume de papier. Un chapitre bien creux, cette fois encore.

Les digressions (comment les appeler différemment ?) du chapitre 3 évoquent (je crois) l’impact de l’IT concernant la bureaucratie. Mais j’ignore les conclusions que je dois tirer de cette lecture. L’outil numérique est un bon outil pour assurer le suivi des règles, comme le font les ERP. Mais amplifie-t-il le problème comme semble le suggérer l’auteur ? Au chapitre 4, il nous révèle (si l’on peut dire) pour quoi la bureaucratie, c’est mal : elle est inefficace, elle a perdu de vue son rôle de départ, elle est un obstacle à l’innovation, elle déshumanise, elle sclérose et finalement elle devient un facteur de risque de par son aversion intrinsèque au risque ! C’est une plutôt bonne synthèse d’éléments que l’on ne découvre pas vraiment. Mais le chapitre 5 nous invite à considérer pourquoi la bureaucratie est une bonne chose : facteur d’égalité et de régulation, entre autres chose. Ce qui nous conduit au verdict : la bureaucratie, ce n’est pas le mal.

La seconde partie compte également 5 chapitres, comme promis, sur environ 80 pages. Elle développe l’idée de construire une meilleure bureaucratie. Elle s’ouvre sur un chapitre 6 veut nous expliquer que nous avons mal mis en œuvre la bureaucratie. Le caractère essentiel de la bureaucratie est la défiance et de s’assurer que les choses sont faites de la bonne manière. Englué dans une prose qui s’égare sans cesse, Marl Schwartz nous confie sa réflexion principale : devops est une forme de bureaucratie. Le chapitre se referme sur des éléments que je trouve plus porteurs : quels remèdes peut-on apporter à une bureaucratie qui ne joue plus son rôle et s’avère même contre-productive par rapport à ses buts d’origine ? Beaucoup de pages pour en arriver là. Le chapitre 7 s’avère être une des parties intéressantes de l’ouvrage : comment transformer la bureaucratisation pour qu’elle devienne un « enabler », une organisation qui rend les choses possibles. Mark Schwartz centre directement la discussion sur l’innovation, car il s’agit bien d’un domaine où la bureaucratie interfère négativement et étudie comment retourner cette situation. Tout d’abord avec ce qu’il appelle un fonctionnement self-service, où l’usager « tire » plus qu’il ne subit cette bureaucratie et pour cela retourner les propriétés coercitives vers des enablers en s’appuyant sur les principes agiles !

Le chapitre 8 est consacré à une bureaucratie apprenante. Ici le texte s’avère peu convaincant, car au-delà de l’évocation du PRA dont il a été question plus haut, l’auteur évoque le cas bien connu de l’usine NUMMI passé sous la gestion de Toyota… qui n’est pas une administration. Bref, un chapitre qui rate sa cible. Passons au chapitre 9 qui nous propose une bureaucratie Lean. Il rate moins sa cible que le chapitre précédent. Si la préconisation de passer par des cycles d’adaptation ressemble plus à une intention qu’à une réelle possibilité, Mark Schartz fait l’effort de nous démontrer en s’appuyant sur la règlementation MD-102, à quoi celle-ci pourrait ressembler en version Lean. Reconnaissons qu’il connait la matière qu’il manipule. Le chapitre 10 qui referme cette partie parle d’une bureaucratie des métriques. Parler ici des OKRs semble assez naturel. Avec un certain talent, l’auteur nous met en lumière cette fausse bonne idée avec les défauts qu’elle engendre … qui sont exactement les mêmes que ceux attribués à la bureaucratie en première partie (mais avec une explication différente) !

La 3ème partie « les règles du jeux » compte bien sûr à nouveau 5 chapitres, cette fois sur un peu moins de 60 pages. Il faut dire que le chapitre 11 « how to bust bureaucracy » ne compte que 2 pages : l temps de nous dire qu’il faut cesser les comportements pathologiques ! Le chapitre 12 porte le curieux titre de « la voie du singe ». Mais malgré cette métaphore un peu perchée, il s’avère particulièrement intéressant et instructif ! Il nous propose là 10 règles préfixées par « M » comme « Monkey » pour (ré)agir de manière constructive à la bureaucratie, mais pas toujours de manière sécurisée !

Le chapitre 13 nous propose une autre voie : celle du rasoir, du rasoir d’Occam, bien entendu ! Les 7 règles préfixées par « R » vont dans un sens bien différent, celui de l’agilité, de la simplicité et finalement de la diminution des risques. Un propos qui ne surprendra cette fois pas l’agiliste aguerri. J’avoue ne pas voir le rapport entre les 8 règles énoncées dans ce chapitre 14 et l’art du Sumo ? On perçoit toutefois au travers de celles-ci que c’est l’expérience et probablement les douleurs de l’auteur qui parlent. Le chapitre 15 conclue cet ouvrage : comment devenir un bureaucrate « ceinture noire » ? Ce sont 16 principes que Mark Schwartz nous distille ici. De quoi relever légèrement la notre de cet ouvrage.

Difficile de recommander cet ouvrage que l’on pourrait sous-titrer « beaucoup de pages pour pas grand-chose ». Le propos vagabonde trop souvent sans que l’on comprenne où l’auteur veut en venir. La 3ème partie sauve un peu la mise, mais c’est trop peu et trop tard. Un ouvrage qui aurait sans doute pu être remarquable mais qui ne l’est pas.

Référence complète : The Delicate Art of Bureaucracy – Mark Schwartz – IT Rev 2020 – ISBN : 978 1 950508 15 0

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