Note de lecture : Des solutions Objet, par Grady Booch

Note : 8 ; Toute la perspicacité et l’expérience de Grady Booch dans cet incontournable ouvrage. Malheureusement, la traduction française et la qualité éditoriale ne sont pas à la hauteur.

Grady Booch est ce que nous pourrions appeler un récidiviste. Encore une fois il nous gratifie d’un excellent ouvrage. Aujourd’hui, il s’agit de mettre en lumière les meilleures pratiques sur la gestion de projets objets, itératifs et incrémentaux. Trois éléments principaux servent de charpente à l’ouvrage : Les histoires vécues (par Grady Booch), les conseils et les trucs et astuces.

Le livre lui-même est composé de 7 chapitres totalisant 290 pages pour sa partie principale. Le premier chapitre « premier principes » se focalise sur la nature incrémentale et itérative des projets objet, tout en mettant l’accent sur le fait que la structuration objet est facilitante mais ne suffit pas à garantir le succès d’un projet. L’auteur met clairement l’accent sur la nature émergente du projet et de son architecture, ce que sous-tend le caractère itératif, une architecture qui ne s’arrête d’ailleurs pas à la décomposition en classes. C’est un très bon chapitre qui met le doigt là où il faut.

Le second chapitre « produit et processus » est moins passionnant et date bien le livre d’une époque « anté-agile ». La première partie du chapitre pose des concepts et conseils de structuration objet qui forment le socle de la « méthode Booch » que l’on retrouvera plus tard en partie dans UML », tandis que la seconde partie est d’avantage focalisée sur la méthode. On y voit les prémices d’Unified Process, même si en l’état c’est plus léger. Mais il reste indiscutablement un fossé avec l’agilité.

C’est bien Unified Process que l’on reconnait en bonne partie au chapitre 3. Je dirais la « bonne partie » d’Unified Process, où le focus de l’auteur sur le « macro processus » nous permet de reconnaitre un fonctionnement intermédiaire entre Scrum et Unified Process, mais avec un cadre très structurés avec l’analyse, la conception, etc… et où on ne parle pas de tests.

Le chapitre 4 « micro processus » fait le pendant du chapitre 3 en s’intéressant à l’activité de développement d’une tâche. Il est rare qu’un traité de méthodologie s’intéresse à ce niveau-là. Là aussi je regrette que l’auteur cherche à trop structurer ce micro-processus. L’équipe de développement est le sujet du chapitre 5. Dès la seconde page, Grady Booch donne le ton : « les personnes sont plus importantes que n’importe quel processus ». Je suis moins d’accord avec sa vision de l’architecte « grand manitou » ni de certaines de ses positions sur le staffing, mais le propos reste dans l’ensemble très éclairé.

Le management et la planification au chapitre 6 n’occupe qu’un petit chapitre mais qui préfigure largement la conduite de projet agile : apprendre, s’adapter et s’améliorer, planifier et estimer en continu, etc. Aujourd’hui, ce sont des acquis pour les habitués de l’agilité, mais pour les autres… Enfin le chapitre 7 couvre ce qui ne rentrait pas ailleurs. Beaucoup de ces sujets ont mal vieillis, comme l’évocation des systèmes centrés sur les données ou les systèmes distribués (bonjour, Corba). D’autres préfigurent une fois de plus l’avenir, comme la nécessité de dépasser les règles quand c’est nécessaire ou d’être en mesure de livrer plus vite et plus souvent.

En bref, tout est bon, il n’y a rien à jeter, et toute personne amenée à avoir une responsabilité au sein d’un projet (chef de projet, consultant ou directeur de projet) trouvera une matière intéressante, quel que soit son expérience.
Maintenant, il faut que je dise deux mots de la traduction française : Elle est tout simplement désastreuse ! Les termes techniques sont intégralement traduits, ce que je désapprouve (cela obscurcit le texte), les phrases ressemblent parfois à du « petit nègre » à tel point qu’il m’est arrivé de reconstruire la phrase américaine d’origine pour retrouver la signification, les fautes d’orthographe et de grammaire dépassent de loin ce qui est acceptable, même pour les plus laxistes. A cela s’ajoute une édition désastreuse avec des mots manquants, des phrases tronquées ou doublées, etc… Il est certainement préférable de se diriger vers l’édition originale.

Référence complète : Des solutions Objet: Gérer les projets orientés objet (V.O. : Object Solutions ; Addison Wesley 1995 ; ISBN : 978 0805305944) – Grady Booch – Vuibert 1997 – ISBN : 2-84180-992-7

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