Note de lecture : The Principles of Product Development Flow, par Donald G. Reinertsen

Note : 8 ; Passionnant et passionnément austère !

Don Reinertsen n’est pas là pour s’amuser. Déjà vers la page 17, l’auteur nous explique que la manière d’appréhender les dimensions économiques d’un produit sont aujourd’hui bien naïve, que la théorie des contraintes de Goldratt est certes un progrès mais qu’elle ne représente qu’une étape intermédiaire, et que nous allons passer en revue tout cela au long de 150 principes que couvre le reste du livre. Oui : 150 ! A ce stade, on pressent que la lecture des 266 pages de l’ouvrage découpé en 9 chapitres va être bien plus longue que prévue. Une impression qui se vérifiera.

Le premier chapitre compte 26 pages. Il sert d’introduction aux 8 autres chapitres, ce n’est donc pas le plus difficile à lire. Et pourtant il fourmille déjà de concepts et d’une description très affutée des problèmes auxquels nous devons faire face lorsque l’on développe un produit. Bref, il campe le décors et for bien !

On a guère pitié du lecteur : le second chapitre sur la « vue économique » est déjà un des chapitres difficiles de l’ouvrage. Mais c’est aussi la clé de voute de ce qui suit, à savoir le coût du délai ! On y parle d’objectifs économiques clés et déjà de la perception économique de la taille des lots intégrant le facteur « coût de transaction ».

Le second chapitre traite de la gestion des queues. Un chapitre long de 30 pages. Un chapitre fort d’équations pour montrer la relation entre capacité, variabilité et taille de cette queue. Rien de surprenant non plus que l’on y parle CFD (cumulative flow diagram) et loi de Little. Un chapitre plutôt costaud qui se termine par une appréhension de la loi de diffusion.

Le chapitre 4 couvre ses 24 pages en traitant de l’exploitation de la variabilité. Don Reinertsen se démarque des autres praticiens Lean en nous assénant que toutes les variabilités ne sont pas mauvaises ! L’auteur y explore les courbes de payof empruntées aux produits dérivés optionnels ainsi que le « variability pooling » qui permet d’amoindrir les effets de la variabilité sans l’éliminer.

Réduire la taille des lots est le sujet du chapitre 5, tout en étant un leitmotiv du livre ! Ici ce sont une trentaine de pages qui sont dédiées à ce sujet qui débute avec la relation entre queue et taille de lots pour se poursuivre sur une question récurrente des projets informatique : la relation entre dérapage et taille de lots. L’auteur va assez loin sur la question de la recherche de la taille de lot optimal (encore des équations), puis on revient vers le coût du délai avec la recherche du séquencement de lots optimal ! Un chapitre finalement un peu oins ardu que les précédents mais au moins aussi intéressant.

Il est étonnant que le sujet sur l’application des limites de travail en cours, celui qui fait le lien avec Kanban soit réduit à 24 pages ! En fait, ce 6ème chapitre ne s’avère pas être le meilleur du livre. Passons.

Le titre du chapitre 7 « contrôler le flux sous l’incertitude » est assez cryptique, je dois dire. Quand même ce chapitre compte 40 pages ! C’est en fait un melting pot de plusieurs sujets, à commencer par la congestion, c’est à dire le moment où le système s’effondre ! Les principes de cadence et de synchronisation nous ramènent aux principes de fonctionnement des équipes agiles auxquels nous sommes habitués, mais avec un autre éclairage. Hormis l’aspect sur la congestion, on n’y apprends pas grand chose, mais j’ai bien aimé quand même !

Le chapitre 8 s’intitule « fast feedback » et compte 30 pages. Malgré sa longueur, ce chapitre est le moins « Reinertsenien » du livre. Mais il est aussi celui qui nous rapproche le plus des principes agiles. Cela permet aussi à l’auteur de raccrocher les principes agiles à ceux discourus au long des précédentes pages : queues, tailles des lots, etc.

Le dernier chapitre a trait au contrôle décentralisé, c’est le plus faible du livre. Don Reinertsen est un ancien militaire (sous-marinier) et voue un profond respect pour les marines. Les principes évoqués dans ce chapitres font incessamment référence à la manière dont le corps des Marines traite les problèmes de chaine de commande et d’initiative sur le terrain. D’une part c’est un peu fatiguant et d’autre part, c’est moins élaboré que ce que l’on peut lire chez Jurgen Appelo, par exemple.

Au final, il s’agit bien d’un ouvrage d’une densité exceptionnelle ! J’ai pratiquement eu l’impression de lire 9 mini-livres ! Don Reinertsen présente son ouvrage comme le Lean Product Management 2.0 et je pense qu’il mérite bien cette appellation !

J’apprécie l’approche scientifique et quantitative de l’auteur, même si elle est souvent difficile à aborder. J’ai enfin l’impression de lire un texte sur le Product Management pour les grandes personnes !

The Principles of Product Development Flow

Référence complète : The Principles of Product Development Flow – Donald G. Reinertsen – Celeritas Publishing 2009 – ISBN : 978 1 935401 00 1

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