Rencontre avec Raphaël Souchier

Ce Vendredi 31 Janvier, Christine Koehler nous conviait à écouter et échanger avec Raphaël Souchier, auteur de Made in Local. Une rencontre instiguée par Manfred Mack qui mit cet auteur en relation avec Christine. Manfred que nous avions d’ailleurs pu écouter il y a quelques temps, était aussi présent ce jour-là.

L’intervenant se définit lui-même comme un consultant en économie locale soutenable (qu’il préfère au terme de “durable”). C’est à dire une économie acceptable dans l’écosystème où l’on vit.

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L’économie locale, c’est quoi ?

D’après Mr Souchier, ce n’est pas une alternative à la mondialisation, mais une autre facette ! Ca, c’est un peu difficile à croire, mais c’est peut-être le prix à payer pour rendre celà acceptable. Même si le terme n’est plus tabou depuis que cette idée fut évoquée par … François Bayrou !

Le localisme s’ancre dans le théorie des systèmes complexes. Le fonctionnement harmonieux des ensembles bien portants nécessite une grande diversité. On peut comparer cela au problème de la diversité des cheptels : ceux-ci savent d’autant mieux faire face à des maladies qu’ils sont diversifiés, ces épidémies n’ayant pas le même impact sur les différentes espèces. Paradoxalement, cet argument s’appuyant sur la pauvreté des cheptels “standardisés” fut utilisé dans l’autre sens par Darwin au 19ème siècle. L’une de ses observations de base était justement que les élevages étaient d’avantage diversifiés que les espèces sauvages où la sélection naturelle éliminait impitoyablement les espèces les moins bien adaptées !

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Une alternative à la globalisation destructrice

Le localisme est également une forme d’efficacité car il utilise ce qui est proche. La globalisation s’appuie d’avantage sur la massification et la réduction des stocks pour diminuer les coûts, au prix d’un système moins résilient car ne supportant pas les défauts d’alimentation et se rendant entièrement dépendant de certaines régions du monde. On pourrait évoquer par exemple le cas de la grève des camionneurs de 1999. La concenration et l’élimination des stocks vont certainement dans le sens de la réduction des coûts, mais au prix d’une prise de risque souvent négligée.

La concentration des moyens de production dans une compétition pour la réduction des coûts est destructrice de sociétés entières ! L’Europe est déjà devenue une puissance faible. La délocalisation vers l’Ethiopie a déjà commencé. On a pu penser un moment que les instances internationales et les mécanismes de régulation de marché pourraient équilibrer cela. Il n’en est rien. Les instances internationales sont depuis longtemps phagocytées par les intérêts privés, et au sein des nations démocratiques, les hommes politiques ont perdu tout autonomie depuis qu’ils doivent se lier à ces mêmes intérêts privés pour décrocher leurs mandats..

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Mais…

Le tableau parait sombre, mais pas pour notre invité du jour : on peut survivre en travaillant ensemble ! Le localisme fait recirculer localement 70% de l’argent, là où seuls 20% sont réinjectés en économie globale ! Quels sont les clés pour rendre possible cette nouvelle économie ?

  • C’est d’abord créer des alliances d’acteurs du territoire qui ont un avenir commun.
  • C’est allier le local et le soutenable, avec des buts à long terme.
  • Sélectionner les gens avec lesquels on a envie de travailler. C’est trouver de nouvelles idées et façon de collaborer et y prendre plaisir.

Cette nouvelle façon de travailler n’en est pas une. Elle s’ancre dans le passé, à une époque où seuls les produits “exotiques” étaient cherchés loin. Vision rétrograde ? Et si on réintégré dans le prix des produit leurs coûts socio-économiques, écologiques, etc. ?

Pour faire marcher cette logique, il faut créer des réseaux avec une logique économique différente. Une logique éloignée des marchés financiers qui sont déjà complètement déconnectés de l’économie réelle : seuls 3% des échanges sont en rapport avec cette économie réelle !

Investir différemment, au niveau des fonds de retraite par exemple, est une manière d’orienter ethiquement son investissement. C’est le concept de base du Slow Money, une idée elle-même déclinée du Slow Food par opposition au “fast food”. Bien entendu le critères qui rentrent en compte sont différents de ceux de la logique économique traditionnelle, comme le maintient de l’état de la couche d’humus des sols sur 10 ans par exemple en agriculture.

La ville de Cleveland a rebâti une partie de son économie à partir de service locaux, moins chers et plus écologiques.

Et en Europe ? Les directives Européennes semblent bloquer. Mais ce n’est qu’apparence : il reste possible de privilégier le local avec les bons critères dans les appels d’offre.

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Cette économie locale existe. Malgré les cris alarmants relayés dans les médias, il y a des millions d’entreprises qui marchent très bien .. mais qui préfèrent ne pas faire parler d’elles.

Par contre les réseaux de mise en relation sont nettement moins bien représentés. Beaucoup reste à faire pour mettre les entreprises en relation. Et pourtant quand c’est le cas, cela marche bien et en fait les gens semblent … s’amuser !

Entre la volonté politique et la réalité

Il semble y avoir un schisme entre ce que montrent les études nationales et les actions locales. Mais les pouvoirs politiques savent-ils seulement où ils voudraient faire aller le territoire ? Poser la question, c’est presque y répondre.

Raphaël Souchier l’a dit : le coeur de ce dispositif, c’est l’alliance locale. Les chambres de commerce sembleraient toutes désignées pour jouer ce rôle, mais on en est loin. Deux lignes apparaissent cependant :

  • L’apparition de réelles actions aux “marges”, dans les zones réellement sinistrées où il n’y a plus d’alternative.
  • Dans l’économie sociale et solidaire. Elle peut faire accepter ce rôle d’économie soutenable au Français. Elle reste toutefois teintée d’une image d’intégrisme.
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A voir aussi

L’article Blog de Christine, avec une interview de Raphael Souchier.

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