Note de lecture : OMT, Modélisation et conception orienté objet, par James Rumbaugh & al.

Note : 7 ; Un livre dense, presque indigeste (tout comme le style), mais bourré d’information. Book of the year 1996 !

OMT est LA méthode sur laquelle a été construit UML, et doit constituer environ 70% de cette notation. Ce livre est évidemment la référence sur le sujet. Les 500 pages qui le constitue sont très dense (aussi bien du point de vue informatif que du point de vue typographique) et traite les aspects méthodologiques sur un spectre très large : notation, analyse des besoins, conception, développement, mapping vers les bases de données, etc… Cette masse d’information est structurée en 20 chapitres regroupés en 4 parties. 50 pages sont consacrées aux annexes.

Une courte introduction nous remet dans le contexte de l’appréhension de l’objet en ce début de décennie 90 : elle accorde moins de place à l’analyse fonctionnelle et dissocie fortement modèle d’analyse et modèle de conception (l’implémentation, c’est encore autre chose) avec une prédominance pour le modèle d’analyse ! Bien entendu, sur les modèles objets, une importance ridicule était aussi portée aux arbres d’héritages : plus ils sont profonds, plus ça fait virile !

La première partie aborde les concepts de modélisation. Le tarif est de 5 chapitres et 130 pages. On commence par un chapitre 2 ultra court qui nous donne les définitions des différents modèles. Ce qui doit être dedans et ce qui ne doit pas l’être est très clair. Ca rigole pas. Au chapitre 3, on passe en revue la notation des diagrammes de classes, mais surtout toutes les subtilités concernant les associations (multiplicités, noms d’association et de rôles, agrégations, généralisations, qualifiers, attributs et associations n-aires). S’il est complet, le texte reste très touffu et pas réellement prévu pour être pédagogique. Mais comme c’est ainsi tout au long du livre, je vais arrêter de le dire. Le chapitre 4 prolonge le 3 avec des concepts avancés que l’on retrouvera plus tard dans UML : notions d’héritage disjoint, de contraintes, etc… On aborde enfin le modèle dynamique au chapitre 5. On s’y focalise sur les diagrammes d’état et on n’y va pas avec le dos de la cuillère ! On y trouve tous les trucs tordus qui ne servent qu’à quelques zombies du temps réel (et qui a fait les beaux jours de certains cours Valtech). Enfin le chapitre 6 vaut le détour car on n’y parle du modèle fonctionnel (modèle de traitements, mais surtout flots de données) qui n’ont pas été du tout (heureusement) retenus dans UML. A mon humble avis, c’est inexploitable.

La seconde partie va nous occuper sur 6 chapitre et couvre aussi 130 pages. Elle va traiter de méthode de conception. Comme pour la partie précédente, on commence par un chapitre 7 qui présente la méthode OMT dans ses grandes lignes. Car à cette époque, méthode et notation étaient deux concepts liés, tout le temps ! Le chapitre 8 aborde l’analyse, l’aspect le plus important d’OMT. Le recueil des besoins est balayé en 2 pages, pourtant on y trouve de petites remarques pleines de finesses mais qui ont disparu lors des mises en œuvre. La démarche est guidée et illustrée par une étude de cas : le guichet automatique de banque : on passe des classes candidates au modèle objet, que l’on raffine. Puis un modèle dynamique (un diagramme d’état) met en musique les scénarios évoqués. Et hop ! grâce à ça, on obtient les opérations que l’on n’a plus qu’à ventiler sur les classes ! Elle est pas belle la vie ? Le chapitre 9 parle de conception. En principe. On voit bien que ce n’est pas le trip des auteurs car ça part un peu dans tous les sens : sous-systèmes, partitionnement, couches, infrastructure matérielle ( ??). Bref, on s’est senti obligé d’y mettre quelque chose, sinon c’est pas crédible. Le chapitre 10 est un guide de conception des classes, pour les auteurs, c’est un retour en terrain connu, mais pour le lecteur c’est assez difficile d’emboiter cela avec le chapitre 8…  Le chapitre 11 résume les étapes de la méthode vu précédemment. C’est très clair et franchement une bonne idée. On conclu cette partie par une comparaison des méthodes. Je pensais voir un chapitre tarte à la crème, j’ai été (agréablement) surpris : les auteurs font un travail méticuleux de comparaison avec les approches structurées (SA/SD, Jackson), orientées entités (ER de Chen) et orientées objet (Booch, Yourdon, schlaer et Mellor). Ils mettent en avant chaque fois les atouts et les faiblesses, voir les complémentarité par rapport à OMT. J’ai rarement vu un travail de cette qualité.

La troisième partie nous parle d’implémentation, et sur 5 chapitres et 120 pages. Comme à l’accoutumée, le chapitre 13 sert d’introduction. On parlera d’implémentation par des langages de programmation, sur des bases de données et même au-delà des ordinateurs ! Le chapitre 14 va parler de style de programmation et je m’attends au pire. Et c’est le choc, car on n’y trouve rien de moins que ce que l’on trouvera bien des années plus tard sous la plume de Robert C. Martin ! Bravo ! Le chapitre 15 évoque la transformation de modèles vers des langages objet tels que C++, Eiffel et Smalltalk. Tout ce ci ne m’apprends rien, mais les auteurs ne prennent pas les chemins de traverse et font remarquablement bien le boulot ! C’est au tour des langages non objet au chapitre 16, en l’occurrence C, Ada et Fortran. Là aussi, un grands coup de chapeau pour la qualité du travail, qui est ici plus difficile. On se tourne vers les bases de données au chapitre 17. J’ai moins été impressionné ici, mais le boulot est fait.

La quatrième partie est plus courte, elle ne compte que 3 chapitres sur moins de 50 pages. Le chapitre 18 traite d’une application développée chez GE (où travaillait alors James Rumbaugh) : un compilateur de diagramme. J’avoue ne pas avoir été convaincu. Au chapitre 19 on voit rapidement un système de conception d’animation, l’occasion pour les auteurs de parler rapidement de la mise en œuvre de la méthode sur la partie analyse. Enfin, au chapitre 20, c’est une petite étude de cas sur la distribution d’électricité. Cette dernière partie ne m’aurait pas manquée si elle n’avait pas été là.

De nombreux aspects de ce livre sont d’un autre temps, comme le couplage indissociable entre méthode et notation, ou l’emphase exagérée sur le modèle d’analyse, un traitement grotesque du recueil des exigences et un quasi mépris pour la conception. Tout ceci ne me manquera pas, je n’ai jamais été en phase avec cette façon de voir. Pourtant le livre mérite l’intérêt à plusieurs égard. D’abord parce qu’il est simplement le meilleurs représentant de cette époque. Ensuite car de nombreux sujets sont traités avec finesse, rigueur et profondeur. Les auteurs ne mégottent pas sur la qualité de l’information. Enfin, OMT constitue la majeure partie de la notation UML. Et si des livres (de nombreux livres) couvrent la notation, cette seconde vie a en quelque sorte prolongé la pertinence de celui-ci. Toutefois, c’est surtout l’aspect historique qui nous retiendra aujourd’hui.

OMT, par James Rumbaugh

Référence complète : OMT, Modélisation et conception orienté objet – James Rumbaugh, Michael Blaha, Frederick Eddy, William Premerlani & William Lorensen – Masson 1995 (V.O. Prentice Hall 1991) – ISBN : 2-225-84684-7

Omt, Tome 1:  Modélisation Et Conception Orientées Objet

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