Note : 3 ; Globalement décevant pour ce qui est d’adresser les rétrospectives de niveau plus avancé.
Il semble donc que les rétrospectives soit un sujet sur lequel on n’est jamais en mal de littérature. Comme le titre l’indique, le sujet du jour est de les améliorer, et celui-ci a doit à la prestigieuse « signature series » d’Addison Wesley.
Le présent ouvrage n’est guère intimidant. D’un format légèrement inférieur à ce que nous avons l’habitude de tenir entre les mains, il ne compte que 230 pages et se découpe en 11 chapitres. Le premier évoque la finalité d’une rétrospective et sa structure. Sans grande surprise, elle s’inscrit dans la continuité de « Agile Retrospective » qui confirme s’il en était besoin, son statut d’ouvrage de référence.
C’est un bon tour de chauffe, mais on n’y apprend pas grand-chose.
Le second chapitre a trait à la préparation. Le contenu n’est guère novateur, mais l’auteur s’efforce de faire le tour de la question dans ses moindres détails : disposition de la salle, type de post-it à utiliser, type de snacks à proposer, etc. Oui, c’est sympa, mais il y a une petite odeur « remplissage » qui n’est pas excellente. Pour moi, ce n’est pas un chapitre nécessaire, surtout quand le thème est l’amélioration : les bases sont censées être là. Le 3ème chapitre n’est pas en reste : il adresse la première rétrospective ! Cette fois encore c’est un peu l’arnaque pour un ouvrage visant l’amélioration des rétrospectives. Les activités choisies sont très basiques, ce qu’on peut considérer comme normal pour une première rétrospective. Le non-débutant n’y apprendra rien. Le débutant y trouvera de l’intérêt car le texte fait découvrir la rétrospective par l’exemple de manière très concrète. Bref, il y a erreur sur le public.
Le livre commence réellement avec le chapitre 4 qui adresse les savoir-faire et savoir-être du facilitateur. Le propos ne diffère guère de ce qui est évoqué dans les textes consacrés à la facilitation, du moins au début. Mais on y ajoute des éléments de savoir-faire spécifiques à la facilitation graphique. Plus original, l’auteur aborde la question du facilitateur interne à l’équipe ou externe à celle-ci. C’est assez rare pour être souligné, et c’est une bonne idée. De manière générale je n’y ai pas appris grand-chose. C’est un des chapitres les plus long, avec le chapitre 6. Le chapitre 5 est consacré à l’utilisation des métaphores pour l’animation des rétrospectives et comment celles-ci influencent la dynamique que l’on souhaite. Il semble que le sujet tienne à cœur à l’auteur et qu’il mise son originalité là-dessus. Pour ma part j’ai été peu sensible au propos. Nous avons ainsi droit aux métaphores de l’orchestre, de l’équipe de foot, du train, etc. A chaque fois, l’auteur décline le sens de la métaphore sur les différentes étapes de la rétrospective. On ne saura lui reprocher de nous laisser sur notre faim. Mais j’ai du mal à crier « au génie » à cette lecture.
Nous arrivons au chapitre 6 qui va nous introduire aux rétrospectives systémiques : c’est du sérieux et de l’original. C’est aussi assez complexe, mais ça peut valoir le coup pour des rétrospectives destinées à prendre du recul et à creuser les causes en profondeur. Le début du chapitre est consacré aux diagrammes CLD, en introduisant les constructions de manière progressive, puis on transpose ceux-ci aux rétrospectives. L’auteur y ajoute les CRT (current reality tree) de Goldrat. C’est un chapitre dense de haut niveau, qui sauve sans doute l’ouvrage ! Le chapitre 7 est moins original pour moi, mais reste une très bonne pioche : l’utilisation de l’approche Solution Focus pour les rétrospectives. Le texte ne faire guère preuve de créativité pour cette mise en œuvre, mais pour ceux qui ne connaissent pas, on a droit à un propos qui nous guide parfaitement pour mettre en œuvre ce cadre. L’auteur du livre a délégué à d’autres ce propos, mais cela ne me choque pas. C’est bien joué.
Au chapitre 8, sont abordées les rétrospectives distribuées qui ont pris une place grandissante dans le paysage. Ceux qui les ont expérimentés trouveront peu d’originalité au propos. Mais les autres y trouveront leur bonheur, d’autant que, comme à son habitude, l’auteur ne s’arrête pas à des généralités mais nous donne des éléments très concrets à nous mettre sous la dent. C’est un petit chapitre, mais qui a le mérite d’être là. Le chapitre 9 s’intitule « approches alternatives », mais c’est un peu raté. Il ne compte que quelques pages et évoque de manière poussive les « powerful questions ». Passons notre chemin.
Le chapitre 10 nous parle des chausse-trappe dans lesquels nous pouvons tomber. Il y en a effectivement quelques-uns et l’auteur les relèvent bien. Chacun est traité plutôt sous l’angle de l’intention de la solution plutôt que de solutions concrètes, même si les encadrés « practical tips » sauvent un peu l’affaire. Un chapitre qui a au moins l’intérêt d’être là. Le livre se referme sur un chapitre 11 qui évoque le change management. Plus précisément, le texte décline l’utilisation des rétrospectives dans le cadre des étapes d’avancement d’une initiative de changement. Dans la pratique, le chapitre précise les attendus de chacune des phases d’une telle rétrospective. Finalement, je ne trouve pas cela extraordinaire.
Ce livre ne deviendra pas mon livre de chevet, ni ne sera un texte que je trouverais marquant dans l’univers des rétrospectives. Seuls les chapitre 6 et 7 sauvent les meubles, c’est un peu faible. J’aurais préféré que l’auteur développe le volet systémique, car je soupçonne qu’il a de la matière à développer ici. Trop de chapitres sont basiques et ne se démarquent pas assez de ce qui a déjà été écrit.
Référence complète : Improving Agile Retrospectives – Marc Loeffler – Addison Wesley / Signature series 2018 – ISBN : 978 0 13 467834 4
