Note de lecture : Paper Prototyping, par Carolyn Snyder

Note : 3 ; Beaucoup de processus et pas tellement de prototypage

C’est un exercice périlleux d’écrire une note de lecture sur un livre qui prenait la poussière depuis 20 ans ! D’un côté, il s’agit bien de mettre en lumière l’intérêt du contenu au moment où je l’ai lu, mais de l’autre, je ne peux honnêtement pas faire fi du contexte de l’époque. Bien que Paper Prototyping ne soit pas un texte technique, il reste exposé à ce dilemme. Le prototypage papier est de prime abord une technique alléchante, à la fois par son côté rapide, low-cost et par la dynamique différente que peut conférer le contact physique avec le support. Nous allons le voir, le texte donne bien peu de place à ces atouts.

Le livre, parlons-en ! Il en impose assez avec ses 350 pages. Le tout est rythmé en 16 chapitres, regroupés en 4 parties. La première d’entre-elle compte presque 100 pages pour 4 chapitres. Gageons que c’est plus qu’une introduction malgré l’en-tête. Mais le premier chapitre est bien une introduction : il contextualise l’usage de la pratique et la compare aux autre pratiques proches ou alternatives, le tout richement illustré. On ne sait pas encore comment conduire cela, mais on a une meilleure idée de l’usage. Le second chapitre nous plonge directement dans des cas d’étude. A ce stade, nous ne savons rien de la démarche, il s’agit donc plutôt de vanter les résultats qu’elle permet d’obtenir. On notera avec intérêt les exemples issus de systèmes embarqués.

Le chapitre 3 est assez frustrant, car il continue de nous faire languir. « Thinking about prototypes » nous énumères les bénéfices et les contraintes (mais surtout les bénéfices de la démarche). Un chapitre pas vraiment utile. Nous abordons les choses sérieuses avec le dernier chapitre de cette première partie : la réalisation effective des prototypes : quels matériels et quels supports utiliser ? Comment représenter un browser ou des éléments d’interface ? Même si le chapitre est conséquent, un seul n’aurait pas suffi pour faire le tour de la question et on a parfois l’impression que l’on passe un peu rapidement sur les différents éléments. Cela mis à part, le chapitre tient bien la route.

La seconde partie va traiter de la conduite des études avec un prototype papier. On en prend pour 7 chapitres sur 150 pages. Car l’étude utilisateur est le véritable sujet du livre, plus que le prototype papier qui lui sert de support ! Le chapitre 5 évoque la planification dès cette étude, et il a une bonne tête de cycle en cascade, avec du processus à l’ancienne : des tâches, des profils et une planification ! Cela ne fait pas tellement rêver. La conception des tâches (la granularité des études) est le concept qui est au cœur de la démarche. Par l’approche, cela me rappelle un peu les UATs. Le propos et les templates (car il y a des templates) pourront être réutilisés dans ce contexte.

Avec le chapitre 8, nous restons dans le cycle en cascade avec la préparation de l’étude. C’est très clérical et pas du tout enthousiasmant. Au chapitre 9 nous abordons le déroulement du test d’utilisabilité lui-même. Je devrais plutôt dire que nous tournons atour : on évoque les consignes, le cadre, le briefing, mais pas réellement le déroulement lui-même !

C’est l’observateur qui est le sujet du chapitre 10. Son rôle, les attentes à son égard et les points d’attention y sont très bien développés. Avec le chapitre 11, nous abordons le traitement des informations obtenues au travers des tests. Il y a du bon et du moins bon. J’aime bien l’idée de différentier les observations, les inférences et les opinions, ce qui permet de raisonner sainement par rapport à ces informations. Le chapitre est plus faible sur l’exploitation de ces informations.

La 3ème partie cible les cas d’usage et de non-usage des prototypes papier. Cela couvre 80 pages sur 3 chapitres du livre. Le chapitre 12 va justement traiter des cas dans lequel il faut ou ne faut pas utiliser cette pratique. Du moins, c’est que nous dit le titre, le contenu nous dit autre chose. Il décompose la notion de prototype selon 4 dimensions : largeur, profondeur, aspect et interactions. L’idée est très pertinente, elle permet de hiérarchiser les différentes techniques de prototypage indépendamment sur ces dimensions et de sélectionner celle qui convient en fonction du poids accordé à ces différentes dimensions !

Le chapitre 13, « the politics of paper prototyping » est un peu fourre-tout. Tout d’abord il traite de la validité académique de cette pratique en s’appuyant sur des papiers de recherche, ce qui ne passionnera que les passionnés de travaux de recherche. Ce sont ensuite les biais dans la mise en œuvre du prototypage qui sont synthétisés dans ces pages. Une bonne partie figure déjà au sein des chapitres précédents, c’est donc en partie une répétition. Je passe sur le propos concernant le professionnalisme qui n’ajoute pas grand-chose. Le chapitre 14 qui conclut cette 3ème partie cherche à déterminer à quel moment du cycle de développement il convient d’utiliser le prototypage papier. Les réponses sont à la fois convenues et emprunte du cycle en cascade, ce qui est cohérent avec le reste de l’ouvrage mais donne hélas peu d’intérêt au chapitre.

La quatrième partie « élargir le focus » ne compte que 2 chapitres, mais seul le chapitre 15 mérite d’être évoqué. L’auteur met en relief que les techniques développées en ces pages peuvent s’étendre au-delà du papier : du bois ou du polystyrène pour une télécommande ou un dictaphone, par exemple. Une lecture qui ne fera pas de mal.

J’ai été déçu par l’ouvrage. Il développe peu le prototypage et nous laisse largement sur notre faim et s’articule sur une vue processus en cascade, avec une philosophie très prescriptive. Le propos est vraiment très verbeux, je pense que l’ouvrage aurait gagné à tenir dans la moitié de ce volume.

Référence complète : Paper Prototyping – Carolyn Snyder – Morgan Kaufmann 2003 – ISBN : 978 1 55860 870 2

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